J’écris actuellement un court essai sur les premières années du Kyokushin, comparant la réalité historique aux récits traditionnels. C’est un exercice amusant, car nous, enfants du Karaté Bushido et de l’ère pré-internet, avons grandi avec les histoires transmises par nos senpai et sensei.
Ces histoires nous ont fait rêver de combattants incroyables de toutes les nations et de toutes les époques. Le Kyokushin a construit et exploité l’image du « strongest karate », un terme marketing inventé par Ikki Kajiwara (mangaka de Karate Baka Ishidai) pour promouvoir le premier championnat du monde du style en 1975. Beaucoup d’éléments relèvent du marketing, mais j’y reviendrai plus tard.
Un point intéressant est la remarque de Bobby Lowe (instructeur hawaïen qui a rencontré Oyama en 1952 et premier uchi deshi) selon laquelle le Karaté Oyama n’était pas axé sur la self-defense. Il est bien placé pour le savoir, car c’est lui qui a créé le cursus de Goshin Jitsu à la demande de Sosai, suite à des critiques sur cet aspect de son école.
Contrairement à l’objectif de self-defense mis en avant par les sensei d’Okinawa, l’école Kyokushin vise à former des hommes forts. Cette différence, interprétable de multiples façons, est fondamentale. Les coups de pied hauts (geri) sont rares dans les styles okinawaïens, car peu utiles en combat réel. A l’inverse, les jodan geri en Kyokushin sont impressionnants, exécutés à une distance rapprochée, en zone de poing.
Quand un karaté cherche à renforcer et l’autre à protéger, les philosophies et les visions du style divergent. Certains dojos d’Okinawa, comme le Goju-ryu Meibu-kan (https://www.youtube.com/watch?v=63c3KwGQT4I), combinent les deux approches.
Martial Reflections of a Hypnofighter #336: Kyokushin vs Okinawan Karate
I am currently writing a short essay on the early years of Kyokushin, comparing historical reality with traditional narratives. It’s a fun exercise because we, children of Bushido Karate and the pre-internet era, grew up with the stories passed down by our senpai and sensei.
These stories made us dream of incredible fighters from all nations and eras. Kyokushin built and exploited the image of the « strongest karate, » a marketing term coined by Ikki Kajiwara (mangaka of Karate Baka Ishidai) to promote the first world championship of the style in 1975. Many elements are just marketing, but I’ll come back to that later.
An interesting point is the observation by Bobby Lowe (Hawaiian instructor who met Oyama in 1952 and the first uchi deshi) that Oyama Karate was not oriented towards self-defense. He is well placed to know, since he created the Goshin Jitsu curriculum at the request of Sosai, following criticism of this aspect of his school.
Unlike the self-defense objective put forward by Okinawan sensei, the Kyokushin school aims to produce strong men. This difference, interpretable in many ways, is fundamental. High kicks (geri) are rare in Okinawan styles because they are not very useful in real combat. Conversely, jodan geri in Kyokushin are impressive, executed at close range, in punching zone.
When one karate seeks to strengthen and the other to protect, philosophies and visions of the style diverge. Some Okinawan dojos, like the Goju-ryu Meibu-kan (https://www.youtube.com/watch?v=63c3KwGQT4I), combine both approaches.
Nous avons cette facilité à faire confiance à ce que l’on lit et entend. Pourquoi nous mentirions-nous ? Surtout sur des sujets assez anodins et sur des choses qui ne nous impactent pas plus que cela. Pourtant, depuis quelques années, nous voyons de nombreux récits qui distordent les faits et amènent à des informations partiellement justes ou complètement fausses. L’explosion de ces récits est associée aux réseaux sociaux, mais offre aussi une vision alternative à certains discours. Comme nous le savons, l’histoire est écrite par les vainqueurs et, automatiquement, par les biais et les orientations que l’on souhaite valoriser et oublier.
Dans nos professions et nos disciplines autour de l’hypnose et de l’accompagnement, c’est la même chose. Nous avons parfois des émergences de pensée qui n’ont pas de sources claires, mais qui sont répétées et enseignées depuis des décennies, comme un mimétisme de connaissance, et une idée que ce qui a été dit est acquis.
L’autre versant du net est qu’aujourd’hui nous avons accès à des informations où nous pouvons lire et étudier ce que les auteurs, auxquels nous avons attribué des discours et des logiques techniques ou stratégiques, ont réellement écrit. Plus les références sont limitées et surtout toujours des mêmes origines sans que ces dernières soient issues de leur “créateur”, plus nous devons prendre attention au discours ou au principe proposé.
Le problème, c’est que lorsque nous débutons, il est difficile de ne pas être ouvert et de ne pas absorber les discours de ceux que l’on estime être des sachants, qui eux-mêmes, en toute bonne foi, répètent ce que leurs propres enseignants expliquaient. Ainsi, nous pouvons nous retrouver avec un cumul “intergénérationnel” d’éléments faux ou attribués à de mauvaises sources, pouvant à minima rendre le discours faux et, au pire, instiller des techniques ou des façons de faire qui pourraient poser problème en session. À nous de prendre le temps de réétudier et, grâce au web, nous pouvons très souvent remonter vers les origines plus claires de beaucoup de choses.
Reflections of Pank / Snapshot #341: Finding the Sources
We have this ease of trusting what we read and hear. Why would we lie to ourselves? Especially on rather innocuous subjects and on things that do not impact us that much. However, for some years now, we have seen many stories that distort the facts and lead to partially true or completely false information.
The explosion of these narratives is associated with social networks, but also offers an alternative view to certain discourses. As we know, history is written by the victors and, automatically, by the biases and orientations that we wish to value and forget. In our professions and disciplines around hypnosis and coaching, it’s the same thing. We sometimes have emergences of thought that do not have clear sources, but which have been repeated and taught for decades, like a mimicry of knowledge, and an idea that what has been said is acquired.
The other side of the net is that today we have access to information where we can read and study what the authors, to whom we have attributed speeches and technical or strategic logic, have actually written. The more limited the references are, and especially if they always come from the same origins without being from their « creator », the more we must pay attention to the discourse or the principle proposed.
The problem is that when we start, it is difficult not to be open and not to absorb the speeches of those we consider to be experts, who themselves, in good faith, repeat what their own teachers explained. Thus, we can end up with an « intergenerational » accumulation of false elements or elements attributed to the wrong sources, which can at least make the discourse false and, at worst, instill techniques or ways of doing things that could pose a problem in session.
It is up to us to take the time to re-examine and, thanks to the web, we can very often go back to the clearer origins of many things.
Une guerre qui remonte à plus de 106 ans, c’est difficile à imaginer, surtout quand nous sommes actuellement bombardés par des images de conflits du 21e siècle, montrant la mort, la haine et la peur dans les yeux de ceux qui les vivent, qu’ils soient acteurs ou victimes.
Quand on cherche à accomplir un devoir de mémoire, il y a une intention, un désir. Nous évoquons les tranchées, cette souffrance, mais aussi ce qui est souvent moins mis en avant : le nombre de morts survenus après les combats, notamment en raison de l’utilisation d’armes chimiques dont les effets se sont manifestés des années plus tard. Nous en parlons pour éviter de recommencer.
Pourtant, ce message semble ne pas passer. Ces blessures et ces jeunes vies fauchées sans raison n’arrivent pas à être une suggestion suffisamment forte. Nous aimons nous illusionner en pensant que la connaissance est pouvoir, alors qu’elle n’est parfois qu’un amas d’objets rangés dans un garage, inutilisés.
Ces derniers mois, en France et ailleurs, nous avons pu observer des événements qui rappellent étrangement les contextes ayant mené à des négations de la démocratie ou à des exacerbations de tensions et de haines, susceptibles de déboucher sur des conflits similaires à ceux du passé. Pourtant, malgré notre connaissance historique, nos apprentissages forcés à l’école et nos jours de mémoire, nous ne parvenons pas à briser ce cycle, voire nous rationnalisons les évènements.
Que penseraient donc ces anciens, ceux qui ont vu, vécu et péri, face à l’oubli progressif de leur message ? Quand la compréhension des ravages causés par la haine, l’intolérance et la guerre est diluée, mise de côté et oubliée, parce que ritualiser la mémoire n’est pas investir cette dernière…
Reflections by Pank / Snapshot #294: When Memory Fades: Forgotten Lessons of the Great War
A war that dates back more than 106 years is hard to imagine, especially when we are constantly bombarded with images of 21st-century conflicts, showing death, hatred, and fear in the eyes of those who live through them, whether as participants or victims.
When we seek to honor the duty of remembrance, there is intention, a desire. We talk about the trenches, the suffering, but also what is often less highlighted: the number of deaths that occurred after the confrontations, especially due to the use of chemical weapons, whose effects persisted years later. We do this to ensure we never repeat such horrors.
Yet, this message seems to fall on deaf ears. These wounds and these young lives lost for no reason fail to serve as a strong enough warning. We like to delude ourselves into thinking that knowledge is power, while it often remains nothing more than a collection of unused items in a garage.
In recent months, in France and elsewhere, we’ve seen events reminiscent of those that led to denials of democracy or to the exacerbation of tensions and hatreds, potentially resulting in conflicts eerily similar to those of the past. And yet, despite our historical knowledge, the lessons drilled into us at school, and the memorial days we observe, we fail to break this cycle.
What would these ancestors think, those who saw, experienced, and perished, as their message is slowly forgotten? When the understanding of the destruction wrought by hatred, intolerance, and war is diluted, stored away, and neglected, because ritualizing memory is not the same as truly investing in it…
Nous avons la mémoire courte, et les médias, tout comme les personnes qui nous influencent, le savent bien. J’écoutais hier Mme Harris dans son débat avec M. Trump. Ce qui me semble intéressant, c’est que cette démocrate, si l’on revient sur l’histoire, n’est la candidate officielle que depuis quelques semaines.
Elle se présente comme celle qui va apporter le changement. Mais de quoi ? De qui ? Elle a été vice-présidente des USA, elle n’était pas dans l’opposition ; elle était celle qui devait remplacer le président en cas de décès et qui était le conseiller du premier homme de l’État. Alors, que veut-elle changer ? Ce qu’elle a conseillé ? La direction d’un parti qu’elle représentait ?
Nous avons des cas similaires chez nous, et nous pouvons facilement oublier ce que certains politiciens ou hommes publics ont fait pour un nouveau poste ou une réhabilitation. Souvenez-vous de M. Mélenchon qui clamait : “La République, c’est moi” et qui prétend maintenant représenter le citoyen lambda. Nous le savons, nous avons une mémoire sélective, et plus nous consommons d’informations, plus nous nous laissons emporter par nos émotions et les messages incessants des médias.
Nous devons faire des efforts pour revenir sur l’histoire des personnes qui nous parlent, qui font des discours, qui posent des promesses, et étudier si tout cela est juste. Cela demande du temps, et nous devons accepter une marge de tolérance, sachant qu’il paraît que les gens peuvent changer, ou, de mon point de vue, modifier les masques qu’ils projettent au monde.
Nous étudions souvent l’histoire sans y porter plus d’intérêt, parce que les dates et les noms ne nous apportent pas grande saveur. Alors, nous connaissons, nous avons entendu ce que nous avons lu, appris, ou que l’on nous a répété. Mais même en étant aussi historiquement conditionnés, nous ne sommes que rarement capables de nous rendre compte, dans le présent, que les pires choses se remettent en place.
Peut-être est-ce notre espoir que cela n’aille pas vers le pire, une sorte de naïveté et de “ce n’est pas possible”, ou simplement le fait que même avec cette connaissance, nous ne sommes pas assez éduqués pour prendre du recul, réfléchir, et poser des questions. Simplement parce que nous sommes un élément de cette histoire, un maillon d’un mouvement dans lequel nous sommes embarqués, notre mémoire se laissant aussi saturer.
Reflections of Pank / Snapshot #265: Our Short Memory
We have a short memory, and the media, like the people who influence us, know this all too well. I was listening to Ms. Harris yesterday in her debate with Mr. Trump. What I find interesting is that this Democrat, if we look back at history, has only been the official candidate for a few weeks.
She presents herself as the one who will bring change. But change what? Or whom? She was the Vice President of the USA; she was not in the opposition. She was the one who would have replaced the President in case of death and who became the adviser to the head of state. So, what does she want to change? What she has advised? The direction of a party she represented?
We have similar cases in our own country, and we can easily forget what some politicians or public figures have done for a new position or rehabilitation. Remember Mr. Mélenchon who proclaimed, « I am the Republic, » and who now sells the idea that he wishes to represent the average citizen. We know it; we have selective memory, and the more we consume information, the more we let ourselves be carried away by our emotions and the constant messages from various media.
We must make efforts to look back at the history of the people who speak to us, who make speeches, who make promises, and study if all of this is fair. It takes time, and we must accept a margin of tolerance, knowing that people can change, or in my opinion, modify the masks they project to the world.
We often study history without paying much attention, because dates and names don’t give us much flavor. So, we know, we have heard, what we have read, learned, or been told. But even being so historically conditioned, we are rarely able to realize in the present that the worst things are coming back.
Perhaps it is our hope that it does not go towards the worst, a kind of naivety and « it’s not possible, » or simply that even with this knowledge, we are not educated enough to have perspective, to reflect, and to ask questions; simply because we are an element of this history, a link in a movement in which we are involved, our memory also becoming saturated.
Je vous ai déjà partagé l’idée que la connaissance n’est pas un pouvoir en soi. C’est une phrase qui sonne bien dans un discours ou sur un t-shirt engagé, mais nous avons aujourd’hui la preuve concrète, avec l’apparition d’Internet et la disponibilité des savoirs gratuits, que notre intelligence collective (ou QI moyen) n’a pas fondamentalement évolué. Malgré l’accès sans précédent à l’information, nous ne semblons pas mieux armés pour résoudre les problèmes complexes de notre époque. Ce sont encore et toujours une poignée d’intellectuels, recrutés par les entreprises, administrations et autres secteurs, qui découvrent et diffusent de nouvelles idées.
Pire encore, nous avons tous étudié, depuis notre enfance, les grandes périodes troubles de l’histoire nationale et mondiale. Nous avons appris, encore et encore, comment des dictatures se sont formées : des chemises noires de Mussolini aux nazis d’Hitler, en passant par les franquistes, castristes, maoïstes, staliniens, etc.
On nous a montré comment un homme a pu, en 1933, prendre le pouvoir sans une reconnaissance immédiate et écrasante. On nous a prévenus des dangers des extrémistes, car ils présentent toujours un risque de basculement. Et pourtant, nous sommes en juin 2024, en France, dans une République, et nous assistons à la remise en question des décisions populaires.
La démocratie, du moins pour une période de trois mois, semble avoir disparu. Les électeurs de certains partis (comme le NFP ou le RN) n’ont aucun intérêt pour un président qui gouverne seul, sans tenir compte de l’opinion du peuple. Maintenir son gouvernement pour des « affaires courantes » et refuser de nommer le représentant du parti élu par le peuple, sous prétexte d’une absence de majorité parlementaire, met sérieusement en doute la valeur de nos votes.
Nous laissons donc un homme, connu pour ses ambitions de toute-puissance et son désir de marquer l’histoire, diriger notre pays sans que personne ne réagisse vraiment. Ah si, il y aura bien une « marche des mécontents » prévue le 7 septembre, soit trois mois jour pour jour après les résultats du second tour des législatives imposées par ce même président.
C’est l’été, les vacances, les JO… Mais nous avons tout de même un homme au pouvoir, une population passive, qui sait pertinemment comment les dictatures se forment, mais qui regarde sans agir. Comme les Allemands ou les Italiens l’ont fait avant que la situation ne dégénère. Nous avons la connaissance, les faits historiques, mais nous nous rassurons avec des « ce n’est pas pareil », « il n’y a pas d’extrémisme », « il n’y a pas de violence », « la Constitution ne fixe pas de délai pour choisir un Premier ministre ».
Certes, mais en attendant, nous acceptons cette situation, comme nous acceptons l’idée qu’il y aura probablement une autre dissolution de l’Assemblée dans un an pour tenter d’obtenir un « pays gouvernable ». Donc, trois mois de « dictature douce », puis neuf mois avant de potentiellement recommencer, sous prétexte que tout cela se fait pour la Grandeur de la France…
Nous avons la connaissance, mais, comme avec Internet, elle n’a de réalité que dans nos esprits, rarement dans les faits.
politique #démocratie #dictature #rationalisation #connaissance #bêtises #faiblesse #histoire
Reflections by Pank / Snapshot #258: When Knowledge is Useless
I have already shared with you the idea that knowledge is not power in itself. It sounds good in a speech or on a protest t-shirt, but today we have concrete evidence, with the advent of the Internet and the availability of free knowledge, that our collective intelligence (or average IQ) has not fundamentally evolved. Despite unprecedented access to information, we don’t seem any better equipped to solve the complex problems of our time. It is still a small group of intellectuals, hired by companies, administrations, and other sectors, who discover and disseminate new ideas.
Worse, we have all studied, from childhood, the great troubled periods of national and world history. We have learned, over and over again, how dictatorships are formed: from Mussolini’s black shirts to Hitler’s Nazis, through Francoists, Castroists, Maoists, Stalinists, and others.
We have been shown how a man could, in 1933, take power without immediate and overwhelming recognition. We were warned about the dangers of extremists, as they always pose a risk of shifting to authoritarianism. And yet, here we are in June 2024, in France, in a Republic, and we are witnessing the questioning of popular decisions.
Democracy, at least for a period of two months, seems to have disappeared. Voters from certain parties (like the NFP or RN) have no interest in a president who governs alone, without taking into account the opinion of the people. Maintaining his government for « current affairs » and refusing to appoint the representative of the party elected by the people, under the pretext of a lack of a parliamentary majority, seriously calls into question the value of our votes.
So, we allow a man known for his ambitions of absolute power and his desire to mark history to govern our country without anyone really reacting. Oh yes, there will be a « march of the discontented » scheduled for September 7, three months to the day after the results of the second round of the legislative elections imposed by the same president.
It’s summer, vacation time, the Olympics… But we still have a man in power, a passive population, who knows exactly how dictatorships are formed but watches without acting. Just like the Germans or Italians did before things got out of hand. We have knowledge, historical facts, but we reassure ourselves with « it’s not the same, » « there’s no extremism, » « there’s no violence, » « the Constitution does not set a deadline for choosing a Prime Minister. »
Certainly, but in the meantime, we accept this situation, as we accept the idea that in a year, there will likely be another dissolution of the Assembly to try to get a « governable country. » So, three months of « soft dictatorship, » then nine months before potentially starting over, under the pretext that all this is done for the Greatness of France…
We have knowledge, but, just like with the Internet, it only exists in our minds, rarely in reality.
J’ai grandi en dévorant les pages de Karate Bushido et j’ai même réussi à mettre la main sur quelques exemplaires de Black Belt, à une époque où l’information ne foisonnait pas sur Internet comme aujourd’hui. Avec le recul, il est encore plus évident que cette période, ainsi que celle qui l’a précédée, était marquée par des récits et des combats bien moins impressionnants qu’on ne nous les présentait.
Un ouvrage qui m’a particulièrement marqué est l’encyclopédie des arts martiaux de Patrick Lombardo, qui était pour moi l’équivalent de Google pour les styles de combat. J’y découvrais des styles et des pratiquants dont je n’avais que rarement entendu parler. En ce moment, je travaille sur un petit essai sur le Karate Kyokushin, en essayant surtout de démêler le vrai du faux.
Comme je l’avais déjà évoqué dans mes réflexions précédentes, bien que le Kyokushin soit une formidable école de formation et que ses combattants puissent être incroyables, l’histoire de cette école est tellement intriquée au manga Karate Baka Ichidai de Kajiwara Ikki et aux livres de Sosai Oyama qu’il est difficile de distinguer la réalité de la fiction.
Depuis longtemps, je cherche des informations, si possible, de la première génération de pratiquants (Nakamura, les frères Oyama, Kurosaki, Lowe), ceux qui ont vu les débuts de l’école de Sosai Oyama. Les ouvrages existants contiennent déjà de nombreuses divergences par rapport aux récits officiels, mais le plus difficile est de retrouver des preuves « validées », comme le shodan en Shotokan sous Y. Funakoshi (même s’il est certain qu’Oyama a fréquenté le dojo Shotokan) ou le 4e dan en Judo Kodokan. Il était connu, mais était-ce pour son judo ou pour ses liens avec Kimura ?
Je réalise qu’avec une personne aussi documentée que Sosai Oyama, il est déjà difficile de savoir ce qui est réellement vérifiable. Alors, que dire de tout ce que nous entendons ou lisons sur les styles que nous aimons et qui ne sont pas modernes ? Il doit y avoir d’énormes distorsions avec la réalité, et pourtant ce sont ces récits qui sont enseignés dans les cours.
Je sais bien que, dans l’absolu, l’histoire de nos écoles n’importe pas vraiment si l’on veut simplement pratiquer. On vient au dojo, on s’entraîne, on prend du plaisir et c’est tout. Pour moi, j’aime comprendre pourquoi on s’entraîne de telle ou telle manière, pourquoi le « produit final » actuel est comme il est, alors que le produit original était différent, etc.
Et vous, comment recherchez-vous dans l’histoire de vos styles ?
— Martial Reflections of a Hypnofighter #244: The Difficulty of Finding the Right Information
I grew up devouring the pages of Karate Bushido, and I even managed to get my hands on a few Black Belt magazines back when information wasn’t as abundant on the internet as it is today. Looking back, it’s even clearer now that both that era and the one before it were filled with stories and fights that were far less impressive than what we were led to believe.
One book that particularly stood out to me was the Encyclopedia of Martial Arts by Patrick Lombardo, which was like Google for martial arts styles. Through it, I discovered styles and practitioners I had rarely read about. Currently, I’m working on a small essay on Kyokushin Karate, especially trying to untangle fact from fiction.
As I’ve mentioned in previous reflections, while Kyokushin is a fantastic training school and its fighters can be incredible, the history of this school is so intertwined with the manga Karate Baka Ichidai by Kajiwara Ikki and the books of Sosai Oyama that it’s hard to know what is true.
For a long time, I’ve been searching for information, preferably from the first generation (Nakamura, the Oyama brothers, Kurosaki, Lowe), those who witnessed the beginnings of Sosai Oyama’s school. Existing works already contain many discrepancies compared to the official accounts, but the hardest part is finding « validated » evidence, such as the shodan in Shotokan under Y. Funakoshi (even though it’s certain he attended the Shotokan dojo) or the 4th dan in Kodokan Judo. He was well-known, but was it for his judo or his connections with Kimura?
I realize that even with someone as well-documented as Sosai Oyama, it’s hard to know what is actually verifiable. So, what about everything we hear or read about the styles we love that aren’t modern? There must be enormous distortions from reality, yet these are the stories that are taught in classes.
I know that, in the end, the history of our schools doesn’t really matter if we just want to practice. We come to the dojo, we train, we enjoy it, and that’s it. But for me, I like to understand why we train in a certain way, why the current « final product » is as it is, whereas the original product was different, etc.
And you, how do you search the history of your styles?
Je suis un réac. Sans aimer particulièrement le passé, je suis assez misanthrope et je considère qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais, juste des vainqueurs et des vaincus. La vie est pour moi un affrontement constant et je ne crois pas qu’elle soit égale ou équitable. Tout comme chez les combattants, il y a des athlétiques, des faibles, des forts, des solides, des fragiles. Oui, le monde est dès le départ injuste. Je ne prône pas la violence, mais je suis violent et je comprends les actes de ce type.
On peut facilement me coller tous les stéréotype parce qu’on ne discute pas avec un violent, un extrémiste, ou tout ce que vous pouvez nommer en -phobe. Et dans ces progressistes, tout en respectant leur combat, je vois aussi un extrémisme venir distiller leurs luttes, comme dans toutes les sciences sociales, dans les psychothérapies.
C’est une bonne chose, on peut y réfléchir, si cela n’est pas une injonction. Le problème avec ces progrextrémistes, c’est que ce sont des militants qui politisent (parce que leur crédo est que tout est politique). Ce que, au départ, je nommais de façon péjorative woke, je préfère maintenant cataloguer comme progrextrémistes. S’éveiller à des considérations sociales et des injustices, c’est bien, mais imposer cela dans tous les compartiments de la vie devient un dogme avec ses dangers.
On peut dire que je réagis à travers mes privilèges, et je ne le nie pas. Soyons logiques, si j’ai un atout, je ne veux pas le perdre. Cela fait de moi un odieux personnage, voulant maintenir une possession. Mais alors, pourquoi les féministes veulent-elles encore des droits acquis, si tout devient un privilège par rapport à autrui (les femmes des autres pays) ou temporel (les femmes du passé) ? C’est normal que nous souhaitions nous battre pour ce que nous possédons.
Je sais que ce n’est pas très communiste et c’est justement là où je veux en venir. Si les Color Studies et autres projets d’émancipation nés aux USA viennent chez nous, et que certains se sentent menacés par ce progressisme, c’est que cela rappelle quelque chose que les États-Unis n’abordent pas de la même façon que l’Europe et la France en particulier, vu qu’ils étaient à la chasse aux sorcières pendant le maccarthysme. La révolution culturelle de notre cher Mao (66-76) a influencé nombre de nos intellectuels de cette période, ce qui a été moins le cas aux US. Les illusions de cette révolution et le livre rouge ont impacté notre pays qui, après l’URSS, était la première nation européenne “communiste”. Nous savons que cette période de “déconstruction” politique a persécuté voire tué des millions de Chinois.
Quand aujourd’hui, dans les cabinets d’accompagnement psychologique, nous entendons des praticiens clamer leurs points de vue idéologiques ou politiques et critiquer leurs confrères en les exhortant à faire de même sous peine d’être traités de nazis ou autre -phobe, ça ne vous rappelle pas les sessions d’autocritique maoïstes ou stalinistes ?
Rappelez-vous que la rééducation maoïste et plus généralement marxiste a été faite d’humiliations, au plus “cool”, vers des tortures et des meurtres. Les dénonciations publiques sur les groupes d’hypnose, les réseaux sociaux en général, ne vous rappellent-elles pas les gardes rouges qui pouvaient aller jusqu’à dénoncer leurs père et mère comme leurs enseignants, pour la bien-pensance idéologique ?
Le problème avec notre copier-coller des USA avec quelques années de retard, c’est que nous reprenons des thèmes qui doivent être traités autrement en fonction de notre histoire. S’il y a bien du racisme ou plus précisément de la xénophobie en France envers les Afros, Arabes, Asiatiques ou Juifs, nous n’avons pas à la traiter de la même façon que les Américains, parce que nos histoires n’apportent pas les mêmes dynamiques.
Si nous ne voyons pas dans le progrextrémisme une forme de maoïsme qui, comme les extrêmes droites, a tué des millions de personnes, nous passons à côté d’éléments historiques à prendre en compte. Comme cette tendance met en valeur les communautés plutôt que le commun, il va y avoir des luttes qui vont durer et coûter cher dans les camps aux opinions tranchées.
C’est une bonne occasion pour nous praticiens de travailler sur nous-mêmes, aller voir nos ombres et notre extrémisme, pour savoir ce que nous allons en faire et voir si nous sommes aptes à voir des nuances, au-delà des émotions générées, un peu comme ce que nous demandons à nos propres consultants en cabinet.
Pank __ Reflections of Pank-Instantané #238: When Progressivism Invades the World of Therapy
I am a reactionary. Without particularly liking the past, I am quite misanthropic and I believe there is no good or bad, just winners and losers. Life is, to me, a constant struggle and I do not believe it is equal or fair. Just like among fighters, there are the athletic, the weak, the strong, the sturdy, and the fragile. Yes, the world is inherently unjust. I do not advocate violence, but I am violent and I understand acts of this nature.
One can easily pin all the stereotypes on me because you don’t argue with a violent person, an extremist, or anyone you can label with a -phobe. And among these progressives, while respecting their fight, I also see an extremism infiltrating their causes, as in all social sciences, into psychotherapies.
It’s a good thing, one can reflect on it, if it’s not an injunction. The problem with these progrextremists is that they are activists who politicize (because their creed is that everything is political). What I initially called woke, in a pejorative way, I now prefer to label as progrextremists. Awakening to social issues and injustices is good, but imposing this in all aspects of life becomes a dogma with its dangers.
One might say that I react through my privileges, and I do not deny it. Let’s be logical, if I have an advantage, I don’t want to lose it. This makes me an odious character, wanting to maintain a possession. But then, why do feminists still want acquired rights if everything becomes a privilege relative to others (women from other countries) or temporal (women from the past)? It’s normal that we want to fight for what we possess.
I know this isn’t very communist and that’s precisely my point. If Color Studies and other emancipation projects born in the USA come to us, and some feel threatened by this progressivism, it’s because it recalls something that the United States does not approach in the same way as Europe and France in particular, since they were witch-hunting during McCarthyism. The cultural revolution of our dear Mao (1966-76) influenced many of our intellectuals of that period, which was less the case in the US. The illusions of this revolution and the little red book impacted our country which, after the USSR, was the first “communist” European nation. We know that this period of political “deconstruction” persecuted and even killed millions of Chinese.
When today, in psychological support offices, we hear practitioners proclaiming their ideological or political views and criticizing their colleagues by urging them to do the same under penalty of being labeled Nazis or other -phobes, doesn’t it remind you of Maoist or Stalinist self-criticism sessions?
Remember that Maoist and more generally Marxist reeducation involved humiliations, at best, and torture and murders at worst. Public denunciations on hypnosis groups, social networks in general, don’t they remind you of the Red Guards who could go as far as denouncing their parents or teachers for ideological compliance?
The problem with our delayed copy-paste from the USA is that we take up themes that must be addressed differently based on our history. While there is indeed racism or more precisely xenophobia in France towards Africans, Arabs, Asians, or Jews, we do not have to address it the same way as the Americans, because our histories do not bring the same dynamics.
If we do not see in progrextremism a form of Maoism which, like extreme right-wing movements, has killed millions of people, we overlook historical elements that need consideration. As this trend emphasizes communities over the common, there will be struggles that will last and be costly in camps with entrenched opinions.
This is a good opportunity for us practitioners to work on ourselves, to look at our shadows and our extremism, to know what we are going to do with them and see if we are able to see nuances, beyond the emotions generated, much like what we ask of our own clients in therapy.
Dans mon dernier post, un lecteur a perçu ma comparaison entre Sosai et son génie marketing comme une critique du niveau de Mas Oyama. Ce retour m’a semblé intéressant car, étudiant l’histoire du Kyokushin, je me pose souvent des questions sur le véritable niveau de Oyama.
C’est un sujet presque impossible à éclaircir. Je constate que Shigeru et Shiko Oyama, piliers de la première heure du Kyokushin, adoptent parfois un ton moqueur envers Sosai.
Je vais essayer, à travers plusieurs publications, de compiler ce que nous savons. Oyama a obtenu son Shodan en Shotokan en 1944 après seulement un an et trois mois d’entraînement, un fait exceptionnel à l’époque. En 1947, il aurait remporté le premier championnat japonais, mais je ne trouve des informations que sur les écoles Kyokushin.
En 1952, il part aux États-Unis, où il aurait fait du catch et des démonstrations, mais les récits des combats contre des boxeurs restent flous. En 1954, il fonde le Dojo Daisen, pratiquant le Goju Ryu (de 1954 à 1957). Sosai continuait à s’entraîner tout en laissant Yasuda, du Shotokan, et Ishibashi, du Goju, donner la majorité des cours. Kenji Kurosaki, quant à lui, jouait le rôle de l’enforcer et du nettoyeur du dojo.
Il est important de se rappeler, comme le partage Sensei Maki, que l’après-guerre était une période de pénurie alimentaire et hydrique, affaiblissant physiquement de nombreux Budokas. Oyama, cependant, était réputé pour sa robustesse exceptionnelle.
Voici ce que disent ceux qui ont pratiqué le randori avec lui : généralement, il était très fort physiquement, son style impliquait beaucoup de saisies des jambes, de projections et de coups aux yeux et aux parties sensibles. Kurosaki était perçu par les élèves comme plus fort et plus imprévisible qu’Oyama. Ishibashi soulignait sa préférence pour les coups de paume ouverts et typiques du Goju, adoptant souvent la posture de neko ashi. Yasuda mettait en avant ses poussées et son travail de la jambe avant, une observation confirmée par Shigeru qui ajoutait que même les frappes corporelles étaient effectuées avec la paume, utilisant principalement le mae keri.
Pour revenir au mythe d’une école sans règles, cela a été le cas de 1956 (le dojo dans une salle de danse) jusqu’à 1966, période durant laquelle les pratiquants du dojo d’Oyama sont devenus des Kyokushin, et surtout, ont commencé à participer en 1969 au 1er All Japan avec des règles strictes. Cependant, pendant dix ans, le dojo fut un enfer, rempli de coups conduisant au KO.
Martial Reflections of a Hypnofighter #183: The Level of Sosai Oyama #1
In my last post, a reader interpreted my comparison between Sosai and his marketing genius as a critique of Mas Oyama’s level. This feedback was intriguing because, as a student of Kyokushin history, I often wonder about the true level of Oyama.
It’s a nearly impossible subject to clarify. I find that Shigeru and Shiko Oyama, early pillars of Kyokushin, sometimes adopt a mocking tone towards Sosai.
I will try, over several posts, to compile what we know. Oyama earned his Shodan in Shotokan in 1944 after only one year and three months of training, an exceptional feat at the time. In 1947, he is said to have won the first Japanese championship, but I find information only about the Kyokushin schools.
In 1952, he went to the United States, where he supposedly wrestled and gave demonstrations, but accounts of his fights against boxers remain vague. In 1954, he founded the Dojo Daisen, practicing Goju Ryu (from 1954 to 1957). Sosai continued to train while letting Yasuda, from Shotokan, and Ishibashi, from Goju, conduct most of the classes. Kenji Kurosaki, meanwhile, acted as the enforcer and cleaner of the dojo.
It is important to remember, as Sensei Maki shares, that the post-war period was a time of food and water scarcity, physically weakening many Budokas. However, Oyama was renowned for his exceptional robustness.
Here is what those who practiced randori with him say: generally, he was very strong physically, his style involved a lot of leg grabs, throws, and strikes to the eyes and sensitive areas. Kurosaki was perceived by the students as stronger and more unpredictable than Oyama. Ishibashi highlighted his preference for open palm strikes and typical Goju poses, often adopting the neko ashi stance. Yasuda emphasized his pushing and front leg work, a observation confirmed by Shigeru who added that even body strikes were performed with the palm, primarily using the mae keri.
To return to the myth of a school without rules, this was the case from 1956 (the dojo in a dance hall) to 1966, a period during which the practitioners of Oyama’s dojo became Kyokushin, and notably, began participating in 1969 in the 1st All Japan with strict rules. However, for ten years, the dojo was a hell, filled with strikes leading to KOs.
Il est courant d’entendre que nous sommes ce que nous sommes grâce à notre passé. Sans passé, nous n’existerions certainement pas comme nous le faisons aujourd’hui. Cependant, il y a souvent confusion lorsqu’on adopte cette perspective.
En effet, nous ne sommes pas notre histoire. Nous avons vécu une histoire, nous avons eu des comportements et des pensées à des moments précis de cette ligne du temps, sans que nous soyons aujourd’hui soumis aux mêmes façons de faire.
La maturité et le travail sur soi offrent des possibilités pour gérer les émotions ou pour ne pas se laisser emporter dans des décisions et attitudes que, désormais, nous connaissons et que nous réprimanderions peut-être.
Explorer son passé, seul ou avec des partenaires en cabinet, revient à prendre notre voiture (mémoire, transes) et à cheminer sur une route (faits, histoire, erreurs, réussites…). Puis, parfois, à retourner à la source d’une série de décisions qui nous ont façonnés.
Beaucoup de personnes pensent que la voiture, la route et les points de départ et d’arrivée sont eux-mêmes. Alors qu’ils ne sont que les conducteurs, avec des erreurs sur la route, des conséquences et des décisions. Nous ne sommes plus l’être du passé; nous pouvons juger nos actes et mots du passé avec leurs conséquences, mais nous n’avons aucun pouvoir sur cette période.
La culpabilité est un principe qui permet de rester confondu avec le passé et de ne pas reconnaître et vivre avec ce qui n’a pas été bon. Nous sommes aujourd’hui ce que nous avons été, mais ce passé est déjà loin.
Pank’s Reflections / Snapshot #124: We Are Not Our Story.
It’s common to hear that we are what we are because of our past. Without a past, we certainly wouldn’t exist as we do today. However, there is often confusion when adopting this perspective.
Indeed, we are not our story. We have lived a story, we have had behaviors and thoughts at specific moments in this timeline, without being subjected to the same ways of doing things today.
Maturity and self-improvement offer possibilities to manage emotions or to not get carried away in decisions and attitudes that, now, we recognize and might even reprimand.
Exploring one’s past, alone or with partners in a practice, amounts to taking our car (memory, trances) and traveling on a road (facts, history, errors, successes…). Then, sometimes, to return to the source of a series of decisions that shaped us.
Many people think that the car, the road, and the starting and ending points are themselves. But they are just the drivers, with errors on the road, consequences, and decisions. We are no longer the being of the past; we can judge our past actions and words with their consequences, but we have no power over that period.
Guilt is a principle that allows us to remain confused with the past and not to recognize and live with what was not good. We are today what we have been, but that past is already far behind.
Je me suis interrogé aujourd’hui : pourquoi n’avons-nous pas vu émerger une discipline de synthèse comme le MMA plus tôt dans l’histoire, dans différents pays ? La médiatisation joue certes un rôle essentiel dans la popularité des sports de combat (et d’autres domaines également). Depuis l’Antiquité, nous savons qu’une forme mixte de combat existait, avec le Pancrase comme exemple historique.
Il est intéressant de noter que ces disciplines complètes ont vu le jour non pas pour les besoins militaires, mais plutôt dans un contexte sportif. Si l’on remonte à une période plus récente, il était courant en Europe d’assister à des combats interstyles. Le CatchWrestling, par exemple, se confrontait souvent à d’autres styles tels que la boxe. En France, l’arrivée du Jiu-jitsu au début du siècle et du Judo dans les années 50 a marqué une époque où lutteurs et boxeurs les défiaient. Dans tout l’Occident, les Prize Fighting étaient légion, des combats où chacun apportait son savoir-faire.
Il est à noter que Maeda, l’homme qui a introduit le Jiu-jitsu au Brésil, était lui-même un combattant de Prize Fighting. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été exclu du Kodokan de Kano. Alors, pourquoi n’avons-nous pas développé des disciplines de combat plus complètes plus tôt ? Que se passait-il lorsque lutteurs ou boxeurs étaient défaits ? Ne remettaient-ils pas leurs techniques en question ? Avec l’UFC, en seulement 3 à 4 ans et moins de 10 événements, nous avons vu des styles évoluer, avec l’apparition de techniques comme le Ground and Pound de Coleman ou les Sprawls de Maurice Smith. Imaginez le niveau du MMA s’il existait depuis un siècle et demi…
La combinaison de l’argent et de la popularité a transformé ce qui était autrefois perçu comme un spectacle quelque peu sordide en l’une des disciplines sportives de combat les plus remarquables. J’aimerais vraiment savoir comment les Pankratiastes grecs auraient performé face à nos athlètes modernes…