Réflexions de Pank-Instantané #238 : Quand le progressisme s’invite dans le monde de la thérapie

Je suis un réac. Sans aimer particulièrement le passé, je suis assez misanthrope et je considère qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais, juste des vainqueurs et des vaincus. La vie est pour moi un affrontement constant et je ne crois pas qu’elle soit égale ou équitable. Tout comme chez les combattants, il y a des athlétiques, des faibles, des forts, des solides, des fragiles. Oui, le monde est dès le départ injuste. Je ne prône pas la violence, mais je suis violent et je comprends les actes de ce type.

On peut facilement me coller tous les stéréotype parce qu’on ne discute pas avec un violent, un extrémiste, ou tout ce que vous pouvez nommer en -phobe. Et dans ces progressistes, tout en respectant leur combat, je vois aussi un extrémisme venir distiller leurs luttes, comme dans toutes les sciences sociales, dans les psychothérapies.

C’est une bonne chose, on peut y réfléchir, si cela n’est pas une injonction. Le problème avec ces progrextrémistes, c’est que ce sont des militants qui politisent (parce que leur crédo est que tout est politique). Ce que, au départ, je nommais de façon péjorative woke, je préfère maintenant cataloguer comme progrextrémistes. S’éveiller à des considérations sociales et des injustices, c’est bien, mais imposer cela dans tous les compartiments de la vie devient un dogme avec ses dangers.

On peut dire que je réagis à travers mes privilèges, et je ne le nie pas. Soyons logiques, si j’ai un atout, je ne veux pas le perdre. Cela fait de moi un odieux personnage, voulant maintenir une possession. Mais alors, pourquoi les féministes veulent-elles encore des droits acquis, si tout devient un privilège par rapport à autrui (les femmes des autres pays) ou temporel (les femmes du passé) ? C’est normal que nous souhaitions nous battre pour ce que nous possédons.

Je sais que ce n’est pas très communiste et c’est justement là où je veux en venir. Si les Color Studies et autres projets d’émancipation nés aux USA viennent chez nous, et que certains se sentent menacés par ce progressisme, c’est que cela rappelle quelque chose que les États-Unis n’abordent pas de la même façon que l’Europe et la France en particulier, vu qu’ils étaient à la chasse aux sorcières pendant le maccarthysme. La révolution culturelle de notre cher Mao (66-76) a influencé nombre de nos intellectuels de cette période, ce qui a été moins le cas aux US. Les illusions de cette révolution et le livre rouge ont impacté notre pays qui, après l’URSS, était la première nation européenne “communiste”. Nous savons que cette période de “déconstruction” politique a persécuté voire tué des millions de Chinois.

Quand aujourd’hui, dans les cabinets d’accompagnement psychologique, nous entendons des praticiens clamer leurs points de vue idéologiques ou politiques et critiquer leurs confrères en les exhortant à faire de même sous peine d’être traités de nazis ou autre -phobe, ça ne vous rappelle pas les sessions d’autocritique maoïstes ou stalinistes ?

Rappelez-vous que la rééducation maoïste et plus généralement marxiste a été faite d’humiliations, au plus “cool”, vers des tortures et des meurtres. Les dénonciations publiques sur les groupes d’hypnose, les réseaux sociaux en général, ne vous rappellent-elles pas les gardes rouges qui pouvaient aller jusqu’à dénoncer leurs père et mère comme leurs enseignants, pour la bien-pensance idéologique ?

Le problème avec notre copier-coller des USA avec quelques années de retard, c’est que nous reprenons des thèmes qui doivent être traités autrement en fonction de notre histoire. S’il y a bien du racisme ou plus précisément de la xénophobie en France envers les Afros, Arabes, Asiatiques ou Juifs, nous n’avons pas à la traiter de la même façon que les Américains, parce que nos histoires n’apportent pas les mêmes dynamiques.

Si nous ne voyons pas dans le progrextrémisme une forme de maoïsme qui, comme les extrêmes droites, a tué des millions de personnes, nous passons à côté d’éléments historiques à prendre en compte. Comme cette tendance met en valeur les communautés plutôt que le commun, il va y avoir des luttes qui vont durer et coûter cher dans les camps aux opinions tranchées.

C’est une bonne occasion pour nous praticiens de travailler sur nous-mêmes, aller voir nos ombres et notre extrémisme, pour savoir ce que nous allons en faire et voir si nous sommes aptes à voir des nuances, au-delà des émotions générées, un peu comme ce que nous demandons à nos propres consultants en cabinet.

progressisme #réactionnaire #communisme #nazisme #Mao #Polpot #révolutionculturelle #histoire #conflit #extrémisme #fascisme #hypnose

Prenez ce qui est bon et juste pour vous.

Be one,

Pank
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Reflections of Pank-Instantané #238: When Progressivism Invades the World of Therapy

I am a reactionary. Without particularly liking the past, I am quite misanthropic and I believe there is no good or bad, just winners and losers. Life is, to me, a constant struggle and I do not believe it is equal or fair. Just like among fighters, there are the athletic, the weak, the strong, the sturdy, and the fragile. Yes, the world is inherently unjust. I do not advocate violence, but I am violent and I understand acts of this nature.

One can easily pin all the stereotypes on me because you don’t argue with a violent person, an extremist, or anyone you can label with a -phobe. And among these progressives, while respecting their fight, I also see an extremism infiltrating their causes, as in all social sciences, into psychotherapies.

It’s a good thing, one can reflect on it, if it’s not an injunction. The problem with these progrextremists is that they are activists who politicize (because their creed is that everything is political). What I initially called woke, in a pejorative way, I now prefer to label as progrextremists. Awakening to social issues and injustices is good, but imposing this in all aspects of life becomes a dogma with its dangers.

One might say that I react through my privileges, and I do not deny it. Let’s be logical, if I have an advantage, I don’t want to lose it. This makes me an odious character, wanting to maintain a possession. But then, why do feminists still want acquired rights if everything becomes a privilege relative to others (women from other countries) or temporal (women from the past)? It’s normal that we want to fight for what we possess.

I know this isn’t very communist and that’s precisely my point. If Color Studies and other emancipation projects born in the USA come to us, and some feel threatened by this progressivism, it’s because it recalls something that the United States does not approach in the same way as Europe and France in particular, since they were witch-hunting during McCarthyism. The cultural revolution of our dear Mao (1966-76) influenced many of our intellectuals of that period, which was less the case in the US. The illusions of this revolution and the little red book impacted our country which, after the USSR, was the first “communist” European nation. We know that this period of political “deconstruction” persecuted and even killed millions of Chinese.

When today, in psychological support offices, we hear practitioners proclaiming their ideological or political views and criticizing their colleagues by urging them to do the same under penalty of being labeled Nazis or other -phobes, doesn’t it remind you of Maoist or Stalinist self-criticism sessions?

Remember that Maoist and more generally Marxist reeducation involved humiliations, at best, and torture and murders at worst. Public denunciations on hypnosis groups, social networks in general, don’t they remind you of the Red Guards who could go as far as denouncing their parents or teachers for ideological compliance?

The problem with our delayed copy-paste from the USA is that we take up themes that must be addressed differently based on our history. While there is indeed racism or more precisely xenophobia in France towards Africans, Arabs, Asians, or Jews, we do not have to address it the same way as the Americans, because our histories do not bring the same dynamics.

If we do not see in progrextremism a form of Maoism which, like extreme right-wing movements, has killed millions of people, we overlook historical elements that need consideration. As this trend emphasizes communities over the common, there will be struggles that will last and be costly in camps with entrenched opinions.

This is a good opportunity for us practitioners to work on ourselves, to look at our shadows and our extremism, to know what we are going to do with them and see if we are able to see nuances, beyond the emotions generated, much like what we ask of our own clients in therapy.

progressivism #reactionary #communism #nazism #Mao #Polpot #culturalrevolution #history #conflict #extremism #fascism #hypnosis

Take what is good and right for you.

Be one,

Pank

Réflexions martiales d’un hypnofighter #183 : Le niveau de Sosai Oyama #1

Dans mon dernier post, un lecteur a perçu ma comparaison entre Sosai et son génie marketing comme une critique du niveau de Mas Oyama. Ce retour m’a semblé intéressant car, étudiant l’histoire du Kyokushin, je me pose souvent des questions sur le véritable niveau de Oyama.

C’est un sujet presque impossible à éclaircir. Je constate que Shigeru et Shiko Oyama, piliers de la première heure du Kyokushin, adoptent parfois un ton moqueur envers Sosai.

Je vais essayer, à travers plusieurs publications, de compiler ce que nous savons. Oyama a obtenu son Shodan en Shotokan en 1944 après seulement un an et trois mois d’entraînement, un fait exceptionnel à l’époque. En 1947, il aurait remporté le premier championnat japonais, mais je ne trouve des informations que sur les écoles Kyokushin.

En 1952, il part aux États-Unis, où il aurait fait du catch et des démonstrations, mais les récits des combats contre des boxeurs restent flous. En 1954, il fonde le Dojo Daisen, pratiquant le Goju Ryu (de 1954 à 1957). Sosai continuait à s’entraîner tout en laissant Yasuda, du Shotokan, et Ishibashi, du Goju, donner la majorité des cours. Kenji Kurosaki, quant à lui, jouait le rôle de l’enforcer et du nettoyeur du dojo.

Il est important de se rappeler, comme le partage Sensei Maki, que l’après-guerre était une période de pénurie alimentaire et hydrique, affaiblissant physiquement de nombreux Budokas. Oyama, cependant, était réputé pour sa robustesse exceptionnelle.

Voici ce que disent ceux qui ont pratiqué le randori avec lui : généralement, il était très fort physiquement, son style impliquait beaucoup de saisies des jambes, de projections et de coups aux yeux et aux parties sensibles. Kurosaki était perçu par les élèves comme plus fort et plus imprévisible qu’Oyama. Ishibashi soulignait sa préférence pour les coups de paume ouverts et typiques du Goju, adoptant souvent la posture de neko ashi. Yasuda mettait en avant ses poussées et son travail de la jambe avant, une observation confirmée par Shigeru qui ajoutait que même les frappes corporelles étaient effectuées avec la paume, utilisant principalement le mae keri.

Pour revenir au mythe d’une école sans règles, cela a été le cas de 1956 (le dojo dans une salle de danse) jusqu’à 1966, période durant laquelle les pratiquants du dojo d’Oyama sont devenus des Kyokushin, et surtout, ont commencé à participer en 1969 au 1er All Japan avec des règles strictes. Cependant, pendant dix ans, le dojo fut un enfer, rempli de coups conduisant au KO.

#Oyamasosai #Kyokushin #niveau #force #physique #techniques #kumite #karateKO #karatefullcontact

Be one,

Pank

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Martial Reflections of a Hypnofighter #183: The Level of Sosai Oyama #1

In my last post, a reader interpreted my comparison between Sosai and his marketing genius as a critique of Mas Oyama’s level. This feedback was intriguing because, as a student of Kyokushin history, I often wonder about the true level of Oyama.

It’s a nearly impossible subject to clarify. I find that Shigeru and Shiko Oyama, early pillars of Kyokushin, sometimes adopt a mocking tone towards Sosai.

I will try, over several posts, to compile what we know. Oyama earned his Shodan in Shotokan in 1944 after only one year and three months of training, an exceptional feat at the time. In 1947, he is said to have won the first Japanese championship, but I find information only about the Kyokushin schools.

In 1952, he went to the United States, where he supposedly wrestled and gave demonstrations, but accounts of his fights against boxers remain vague. In 1954, he founded the Dojo Daisen, practicing Goju Ryu (from 1954 to 1957). Sosai continued to train while letting Yasuda, from Shotokan, and Ishibashi, from Goju, conduct most of the classes. Kenji Kurosaki, meanwhile, acted as the enforcer and cleaner of the dojo.

It is important to remember, as Sensei Maki shares, that the post-war period was a time of food and water scarcity, physically weakening many Budokas. However, Oyama was renowned for his exceptional robustness.

Here is what those who practiced randori with him say: generally, he was very strong physically, his style involved a lot of leg grabs, throws, and strikes to the eyes and sensitive areas. Kurosaki was perceived by the students as stronger and more unpredictable than Oyama. Ishibashi highlighted his preference for open palm strikes and typical Goju poses, often adopting the neko ashi stance. Yasuda emphasized his pushing and front leg work, a observation confirmed by Shigeru who added that even body strikes were performed with the palm, primarily using the mae keri.

To return to the myth of a school without rules, this was the case from 1956 (the dojo in a dance hall) to 1966, a period during which the practitioners of Oyama’s dojo became Kyokushin, and notably, began participating in 1969 in the 1st All Japan with strict rules. However, for ten years, the dojo was a hell, filled with strikes leading to KOs.

#Oyamasosai #Kyokushin #level #strength #physical #techniques #kumite #karateKO #karatefullcontact

Be one,

Pank

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Réflexions de Pank / Instantané #124 : Nous ne sommes pas notre histoire.

Il est courant d’entendre que nous sommes ce que nous sommes grâce à notre passé. Sans passé, nous n’existerions certainement pas comme nous le faisons aujourd’hui. Cependant, il y a souvent confusion lorsqu’on adopte cette perspective.

En effet, nous ne sommes pas notre histoire. Nous avons vécu une histoire, nous avons eu des comportements et des pensées à des moments précis de cette ligne du temps, sans que nous soyons aujourd’hui soumis aux mêmes façons de faire.

La maturité et le travail sur soi offrent des possibilités pour gérer les émotions ou pour ne pas se laisser emporter dans des décisions et attitudes que, désormais, nous connaissons et que nous réprimanderions peut-être.

Explorer son passé, seul ou avec des partenaires en cabinet, revient à prendre notre voiture (mémoire, transes) et à cheminer sur une route (faits, histoire, erreurs, réussites…). Puis, parfois, à retourner à la source d’une série de décisions qui nous ont façonnés.

Beaucoup de personnes pensent que la voiture, la route et les points de départ et d’arrivée sont eux-mêmes. Alors qu’ils ne sont que les conducteurs, avec des erreurs sur la route, des conséquences et des décisions. Nous ne sommes plus l’être du passé; nous pouvons juger nos actes et mots du passé avec leurs conséquences, mais nous n’avons aucun pouvoir sur cette période.

La culpabilité est un principe qui permet de rester confondu avec le passé et de ne pas reconnaître et vivre avec ce qui n’a pas été bon. Nous sommes aujourd’hui ce que nous avons été, mais ce passé est déjà loin.

#temps #histoire #lignedutemps #régression #présent #culpabilité #décision #acceptation 

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous 

Be one

Pank 


English Version

Pank’s Reflections / Snapshot #124: We Are Not Our Story.

It’s common to hear that we are what we are because of our past. Without a past, we certainly wouldn’t exist as we do today. However, there is often confusion when adopting this perspective.

Indeed, we are not our story. We have lived a story, we have had behaviors and thoughts at specific moments in this timeline, without being subjected to the same ways of doing things today.

Maturity and self-improvement offer possibilities to manage emotions or to not get carried away in decisions and attitudes that, now, we recognize and might even reprimand.

Exploring one’s past, alone or with partners in a practice, amounts to taking our car (memory, trances) and traveling on a road (facts, history, errors, successes…). Then, sometimes, to return to the source of a series of decisions that shaped us.

Many people think that the car, the road, and the starting and ending points are themselves. But they are just the drivers, with errors on the road, consequences, and decisions. We are no longer the being of the past; we can judge our past actions and words with their consequences, but we have no power over that period.

Guilt is a principle that allows us to remain confused with the past and not to recognize and live with what was not good. We are today what we have been, but that past is already far behind.

#time #history #timeline #regression #present #guilt #decision #acceptance

Take only what is good and right for you

Be one

Pank

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #96 : Pourquoi le MMA n’est-il pas apparu plus tôt ?

Je me suis interrogé aujourd’hui : pourquoi n’avons-nous pas vu émerger une discipline de synthèse comme le MMA plus tôt dans l’histoire, dans différents pays ? La médiatisation joue certes un rôle essentiel dans la popularité des sports de combat (et d’autres domaines également). Depuis l’Antiquité, nous savons qu’une forme mixte de combat existait, avec le Pancrase comme exemple historique.

Il est intéressant de noter que ces disciplines complètes ont vu le jour non pas pour les besoins militaires, mais plutôt dans un contexte sportif. Si l’on remonte à une période plus récente, il était courant en Europe d’assister à des combats interstyles. Le CatchWrestling, par exemple, se confrontait souvent à d’autres styles tels que la boxe. En France, l’arrivée du Jiu-jitsu au début du siècle et du Judo dans les années 50 a marqué une époque où lutteurs et boxeurs les défiaient. Dans tout l’Occident, les Prize Fighting étaient légion, des combats où chacun apportait son savoir-faire.

Il est à noter que Maeda, l’homme qui a introduit le Jiu-jitsu au Brésil, était lui-même un combattant de Prize Fighting. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été exclu du Kodokan de Kano. Alors, pourquoi n’avons-nous pas développé des disciplines de combat plus complètes plus tôt ? Que se passait-il lorsque lutteurs ou boxeurs étaient défaits ? Ne remettaient-ils pas leurs techniques en question ? Avec l’UFC, en seulement 3 à 4 ans et moins de 10 événements, nous avons vu des styles évoluer, avec l’apparition de techniques comme le Ground and Pound de Coleman ou les Sprawls de Maurice Smith. Imaginez le niveau du MMA s’il existait depuis un siècle et demi…

La combinaison de l’argent et de la popularité a transformé ce qui était autrefois perçu comme un spectacle quelque peu sordide en l’une des disciplines sportives de combat les plus remarquables. J’aimerais vraiment savoir comment les Pankratiastes grecs auraient performé face à nos athlètes modernes…

#catchwrestling #mma #combat #Pancrase #Prizefighting #Interstyle

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be One 

Pank

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #85 : L’explosion du Karate Kyokushin grâce à un Manga

En tant que fan de manga depuis ma jeunesse, je pense que pour beaucoup de personnes de ma génération, deux éléments ont contribué à notre passion pour les arts martiaux : les films de Bruce Lee et les mangas. Je fais partie de la seconde catégorie.

On peut clairement observer l’influence d’un média sur la passion qu’il suscite. Si vous parlez aux pratiquants des années 80-90, beaucoup vous diront qu’ils ont découvert les arts martiaux grâce à un film. Au Japon, un homme a véritablement révolutionné le monde du Karate. J’ai d’abord pensé que c’était Mas Oyama, mais en réalité, bien que Sosai ait été un pratiquant remarquable et un excellent marketeur, c’est un mangaka qui a créé la véritable révolution.

Ikki Kajiwara, l’auteur de « Ashita No Joe, » un manga sur la boxe, est celui qui a propulsé le Kyokushin au sommet des sports de combat au Japon, et plus tard dans le monde entier. Il a revisité la biographie de Mas Oyama en exagérant les faits pour plonger les lecteurs dans un véritable shonen.

Il s’avère que la grande majorité des personnes venues assister au premier championnat du monde en 1975 étaient des fans du manga qui voulaient voir les combats en chair et en os, The 1st World Kyokushinkai Championship 1975. L’année suivante, Kajiwara a réalisé un film qu’il a intitulé The Strongest Karate Kyokushin Documentary. C’est amusant de constater que, sans le savoir, cette influence marketing était toujours associée au Kyokushin, comme je m’en suis rendu compte lorsque je m’entraînais au dojo de l’ACBB en 1998. Sur nos t-shirts et nos hoodies, on pouvait lire « The Strongest Karate ».

Comme je l’ai partagé dans d’autres articles, au début des années 70, le Kyokushin n’était qu’une petite école dont le dojo principal à Ikebukuro se trouvait au milieu d’un bidonville. Seiko Oyama, l’un des deux frères qui ont fondé le Karate Oyama, expliquait qu’il avait été envoyé au milieu de nulle part, en Alabama, alors qu’il n’y avait rien dans la région.

La mythologie entourant le Kyokushin (et attention, ces gars sont vraiment des monstres d’une puissance incroyable) a beaucoup utilisé l’imagination et de nombreuses suggestions. Dans le célèbre manga « Karate Baka Ichidai », toute la première partie est axée sur Sosai, mais il semble que la seconde partie se soit plutôt concentrée sur Ashihara, qui est devenu l’une des grandes figures de la discipline avant de se brouiller avec Oyama et de fonder sa propre association de Karate.

Il faut reconnaître que Kajiwara était un professionnel de la communication, et il savait comment susciter l’intérêt des lecteurs en présentant des éléments réalistes. Plus il donnait l’apparence de la réalité, plus il pouvait nourrir la curiosité des lecteurs, dont certains devenaient ensuite pratiquants de Kyokushin.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu Willy Williams combattre un ours dans Human vs. Bear ou même combattre Antonio Inoki dans MMA Ancestors – karate vs wrestling.wmv mais c’est encore une stratégie de Kajiwara. Il est important de noter que Mas Oyama n’approuvait pas nécessairement tout cela. Cependant, même sans son approbation, l’image du karate gagnait toujours en popularité et en influence.

Aujourd’hui, comme pour le Jiu-Jitsu, la publicité n’est pas aussi cruciale qu’elle a pu l’être pour l’UFC. L’essentiel est d’attirer et de susciter l’intérêt pour ces disciplines. Avec le temps, le nombre de pratiquants contribue automatiquement à élever le niveau, en produisant des talents incroyables tels que Gordon Ryan, Maregali, Volkanosky, Tusseau, et bien d’autres.

Plus je découvre les dessous du karaté et de nombreux autres arts martiaux, plus je comprends les raisons qui motivent ces approches, même si elles ne correspondent pas nécessairement à nos idées traditionnelles sur les arts martiaux. Mais quand on y pense, le commerce et le marketing sont aussi un combat, une voie comme une autre 🙂

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#kyokushinkai #karatebakaishidai #masOyama #WillyWilliams #AntonioInoki #Ashihara #IkkiKajiwara #HombuDojo #politique #marketing

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #81 : Quand le Karaté Japonais Influence le Karaté d’Okinawa

Nous savons tous que le Karaté est né sur les îles RyuKyu au Sud du Japon. Il existe de nombreuses théories sur la manière dont ce style est arrivé, mais nous pouvons être certains qu’il trouve ses origines dans le Sud de la Chine. Jesse Enkamp, un passionné d’arts martiaux et de Karaté, explique qu’il est possible que des influences philippines aient également intégré le style de combat d’Okinawa.

On aime créer des légendes autour des grands combattants de l’île, mais factuellement, à part Motobu qui semblait être le « badass » de la première période connue du Karaté, ou plutôt du Kenpo, il n’y a pas eu de gros combattants reconnus.

L’un de ses élèves, ou du moins un pratiquant influencé par son travail, Shigeru Nakamura, a mis en place un style d’Okinawa Kenpo avec des protections pour permettre aux combattants de s’affronter à pleine puissance. Parmi ses élèves, il y avait un ancien pratiquant de Judo, Kenichi Kinjo. Il s’entraînait avec Nakamura et puis un jour, il découvre le Kyokushin à travers une annonce.

En effet, à l’époque, Oyama promettait aux vainqueurs des All Japan un poste d’instructeur à l’étranger. Il faut se souvenir que ce dernier a davantage développé le Kyokushin à l’étranger qu’au Japon. En 1971, il n’y avait qu’environ 80 dojos nippons contre près de 400 dans le monde.

Kinjo, jeune et vaillant, se rend au Hombu Dojo d’Oyama et défie les pratiquants. C’est Shigeru Oyama, le head instructeur, qui relève le défi. Et il met Kinjo à sa place. Ce dernier est tellement frustré du temps qu’il a passé à répéter les katas et autres méthodes traditionnelles d’Okinawa qu’il décide de rester à Tokyo.

Il s’entraîne quelques mois en tant qu’ushi deshi, est sélectionné par le Hombu pour participer au 3e championnat du Japon, et se classe 5e. Ce qui est remarquable pour un pratiquant qui ne pratiquait le Kyokushin que depuis quelques mois.

Après cette période, il décide de retourner sur son île natale et de créer son propre style de Karaté : le RyuSeikan, entre la tradition et le combat au Ko du Kyokushin. C’est Kinjo qui a importé la forme japonaise du combat sur l’île. D’ailleurs, il a été très critique du fait que les pratiquants d’Okinawa étaient faibles et que la forme de Karaté sans combat dur n’avait pas de sens.

C’est pour cette raison que maintenant nous avons des dojos comme le Goju-ryu Meibu-kan des Yagi qui offrent des entraînements en combat en forme de plein contact.

Il est intéressant de se dire que le Karaté qui a été exporté par Funakoshi, Mabuni et d’autres est revenu avec la forme la plus dure, modifiée par Oyama.

Cela nous pousse également à réfléchir sur le Karaté de base, qui pour beaucoup n’est qu’un exercice sportif et pas vraiment un art de combat. Itosu, l’un des vulgarisateurs du Te, est celui qui l’a orienté vers un système de cours de masse pour le renforcement, s’éloignant ainsi de la self-défense ou du combat sportif.

En France, nous avons beaucoup acheté de mysticisme à travers les maîtres et les démonstrations, mais la réalité, celle que Kinjo a vécue dans sa chair, c’est que pendant longtemps, sur de nombreux aspects, le Karaté d’Okinawa n’avait que peu de pratiquants vraiment forts et efficaces. Funakoshi en est un exemple, Motobu l’a constaté après son défi.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#karate #okinawa #ryuseikan #KenichiKinjo #meibukan #oyama #kyokushin

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #71 : À la recherche de la vérité dans les récits des arts martiaux

Le partage de mes réflexions et de mes observations sur les sports de combat et les arts martiaux que j’apprécie me pousse à explorer le web à la recherche de pépites d’informations. En général, je visite des sites japonais. Pour les vidéos, je les enregistre en tant qu’audios, puis je les fais transcrire. Cependant, bien que je comprenne les idées dans leur ensemble, la clarté n’est pas toujours au rendez-vous.

Je me focalise principalement sur le karaté et le jiu-jitsu. Comme je vous ai partagé quelques informations sur le Shorinji Kempo, je me suis penché davantage dessus, notamment la nuit dernière. Et devinez ce que j’ai découvert ? Des histoires plutôt obscures impliquant le Shorinji et le Kyokushin.

Je prévois de présenter ces éléments dans les futurs articles. Cependant, cela m’a aussi ramené à la période tendue du Japon d’après la Seconde Guerre mondiale. Nous avons souvent une vision romancée des arts martiaux. En réalité, de nombreux professeurs et écoles, tels que le Kyokushin et le Shorinji, étaient liés soit à la mafia, à la politique, soit aux affaires religieuses.
Nous sommes bien loin des duels de samouraïs que nous imaginons. Pour sourire un peu, un grand pratiquant de Kyokushin qui avait quitté Oyama en est venu à « empoisonner » Oyama, ce qui l’a conduit à passer la soirée aux toilettes. C’est amusant, mais cela diffère grandement des affrontements entre samouraïs.

En tout cas, plus je lis et écoute de documents, plus je me rends compte que nos magazines et livres pré-internet nous ont fourni des informations, mais que celles-ci étaient souvent teintées de marketing pour les disciplines. La réalité était souvent bien moins fantastique, et même de nombreux Japonais, notamment dans le Kyokushin, savaient que bon nombre des affirmations de Sosai (Mas Oyama) étaient mensongères.

Un exemple partagé par Kancho Saiko Oyama (du World Oyama Karate), qui était Ushi Deshi et parmi les premiers élèves de Sosai, est qu’ils ont lu un livre tout juste publié par Mas Oyama, où il prétendait pouvoir courir le 100 mètres en moins de 10 secondes. Lui et son camarade de formation ont éclaté de rire en imaginant le physique de Mas Oyama se déplaçant à cette vitesse.

Comme je l’ai partagé précédemment, Kurosaki est parti à cause du marketing excessif de Sosai. En conclusion, nous sommes les enfants de ces mythes. Même si l’ère d’internet pourrait nous offrir des « vérités », de nombreux auteurs spécialisés dans les arts martiaux expliquent que les niveaux de fiabilité des informations sont faibles. Tout est plus ou moins embelli, voire effacé de l’histoire des écoles. Que l’on apprécie ou non Bluming, il a tout de même voulu dévoiler les fraudes d’Oyama sur de nombreux points. Même en écoutant les élèves qu’il a eus, tous disaient qu’Oyama était fort, mais clairement bien moins que Kurosaki.

En tout cas, je suis encore loin de découvrir « la vérité ultime » dans les profondeurs d’internet. Néanmoins, c’est une réorientation merveilleuse. Cela nous rappelle que nous aussi, en Occident, avec les Gracie, avons eu notre lot de mystifications.

Et vous, comment étudiez-vous l’histoire de vos écoles en dehors de la pratique physique ?

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous.
Be One.
Pank

#Mythe #histoire #marketing #réalité #vérité #SosaiOyama #ShorinjiKempo #SoDoshin #Kyokushinkai #Ashihara #Recherche

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #68 : Le Mumonkai de Yoshimoto Togashi #1 – Une Plongée dans l’Univers du Karaté

En tant que passionné du karaté, je suis toujours intrigué par la multitude de mythes qui entourent ce domaine, bien plus qu’on ne le voit dans le monde du BJJ ou de la Luta. Les Japonais semblent particulièrement enclins à créer tout un engouement autour de pratiquants qui, parfois, ne brillent que sur le papier.

Un exemple marquant de cette tendance est apparu lorsque le défi de combattre Rickson Gracie a été lancé, à l’époque, et que le nom de Nobuhiko Takada a été avancé comme le combattant le plus redoutable pour relever ce défi. Les souvenirs de cette époque m’amènent à l’époque des balbutiements d’Internet dans les années 90, où la quête d’informations sur des figures telles que Takada se résumait à des recherches fastidieuses sur des forums et des sites obscurs, laissant beaucoup d’entre nous perplexes quant à ses origines et à son parcours.

Ce qui distingue magnifiquement le Jiujitsu, la Luta et les MMA, c’est que dans l’ère d’Internet, les mystères sont moins nombreux. Lorsque nous assistons à l’émergence d’un prodige comme Helena Crevar, formée par Danaher, et la voyons écraser la concurrence sur le circuit, ses prouesses sont déjà partagées abondamment sur les réseaux sociaux.

Dans ce premier volet consacré à Yoshimoto Togashi, je souhaite partager les informations que j’ai pu récolter. Actuellement, je me plonge dans sa biographie (rédigée en japonais, ce qui ajoute une touche de complexité à la tâche). Pourquoi ai-je choisi de parler de lui ? Parce que dans l’univers du karaté full contact, celui qui trouve son origine chez Oyama (et peut-être chez Motobu, bien que sous une forme de compétition différente de celle que nous connaissons aujourd’hui), Togashi occupe une place singulière.

Autodidacte, il n’a jamais eu de maître (sensei). Suite à la lecture d’un livre (dont je vous fournirai le titre ultérieurement, dès que possible), il s’est engagé dans l’apprentissage du karaté. Doté d’une grande athléticité dès son enfance et ayant grandi à proximité d’une montagne, il a décidé d’emboîter le pas à Mas Oyama en s’isolant pour s’entraîner en solitaire en pleine nature montagneuse.

Après un laps de temps significatif, il a relevé le défi de se mesurer au karaté Kyokushin sur son propre terrain, en participant à des tournois de ce style. D’après les vidéos que j’ai visionnées, ses performances ne sont pas époustouflantes, car il enfreint fréquemment les règles en utilisant des saisies et même des frappes au visage avec les poings.

Cependant, ce qui dépasse l’entendement, c’est qu’il parvient à se hisser à un niveau respectable pour l’époque en terminant cinquième lors du All Japan de 1973. Il s’incline face à celui qui deviendra le premier champion du monde en 1975, après une prolongation intense et un score de 2 à 1. Ce qui étonne davantage, c’est l’éloge d’Oyama lui-même, commentateur de l’événement, qui trouve Togashi impressionnant, bien que les faits sur le tatami ne penchent pas en sa faveur, et Sato le domine clairement.

Toutefois, la reconnaissance d’Oyama et la réussite de Togashi à élaborer de toutes pièces, ou presque, un système pédagogique et technique pour son propre style, sont des victoires en soi. À l’opposé de nombreux adeptes du karaté centrés sur le knockout, Togashi explore les possibilités des frappes au poing.

En effet, son approche se focalise sur les ichigeki, ces coups capables de conclure un combat en une seule frappe, comme nous avons pu le voir récemment avec O’Malley. Sa stratégie s’appuie moins sur les contre-attaques que sur des principes offensifs, avec une emphase claire sur le sen no sen. Ses frappes dégagent une énergie totale, évoquant presque des superman punches.
Les combats se déroulent avec les mêmes casques que ceux utilisés en daido juku. L’aspect fascinant réside dans sa recherche d’une symbiose entre défense et contre-attaque. À l’heure actuelle, alors que j’explore plusieurs styles moins populaires de karaté au Japon, je remarque fréquemment cette idée, qui bien que classique, trouve peu d’application concrète.

Mon exploration de sa vie se poursuit, et je ne manquerai pas de rédiger un prochain article pour vous en faire part.

Ne prenez ce qui est bon et juste pour vous.

Be One.

Pank

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