Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #524 : Le sol en Jiu-Jitsu Brésilien, une construction historique ?

Hier, lors d’un live, on m’a fait une remarque totalement justifiée concernant le combat au sol en Jiu-Jitsu. Les Gracie, dans leur marketing (et heureusement pour nous qu’ils l’ont fait), ont vendu l’idée qu’ils avaient modifié le Jiu-Jitsu enseigné par Conde Koma (en réalité transmis par Donato Pires) pour en faire un style spécifiquement spécialisé au sol.

Cependant, nous avons des traces du Jiu-Jitsu au Brésil dès 1904. En 1909, des articles de journaux décrivaient déjà le Jiu-Jitsu (pas celui des Gracie, puisque Maeda n’est arrivé qu’en 1914). Ils soulignaient que le Jiu-Jitsu se différenciait de la Luta Livre (alias Catch Wrestling) par le fait que le combat au sol y était très développé, notamment sur le dos.

C’est normal. Comme nous l’avons vu, le style de Kano de l’époque ne considérait pas le tombé comme une fin de randori (entraînement). Il est utile de se souvenir que le Jiu-Jitsu de la famille Gracie, qu’ils ont vendu comme un système supérieur, était principalement axé sur la self-defense.

Les frères Gracie ont compris l’importance du sol pour deux raisons : d’une part, parce qu’ils n’étaient pas aussi bons debout que les Japonais ou les lutteurs, et d’autre part, parce que les formats de combat de l’époque visaient la soumission, avec des rounds plus ou moins longs. Le travail au sol a été peaufiné, même si aujourd’hui on sait que le Jiu-Jitsu/Judo de la même époque formait aussi des spécialistes au sol. C’est sans même parler de l’école Kosen qui, comme les Gracie, manquant de niveau en Tachiwaza (debout), s’est spécialisée au sol.

Une dernière chose : le Jiu-Jitsu de la première partie du 20e siècle ne ressemble en rien à ce qu’on pratique aujourd’hui à l’IBJJF, à l’ADCC ou au WNO. C’était un style qui se développait, alors qu’aujourd’hui, il se peaufine.

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Martial Reflections of an Hypnofighter #524: Ground Fighting in Brazilian Jiu-Jitsu, a Historical Construction?

Yesterday, during a live stream, I received a perfectly justified remark regarding ground fighting in Jiu-Jitsu. The Gracies, in their marketing (and luckily for us they did), sold the idea that they had modified the Jiu-Jitsu taught by Conde Koma (actually passed down by Donato Pires) to turn it into a style specifically specialized for the ground.

However, we have traces of Jiu-Jitsu in Brazil as early as 1904. In 1909, newspaper articles were already describing Jiu-Jitsu (not the Gracies’ version, as Maeda didn’t arrive until 1914). They highlighted that Jiu-Jitsu differed from Luta Livre (aka Catch Wrestling) in that ground fighting was highly developed, particularly when fighting on one’s back.

This is normal. As we have seen, Kano’s style at the time did not consider a pin (tombé) to be the end of a randori (training). It is helpful to remember that the Gracie family’s Jiu-Jitsu, which they sold as a superior system, was primarily focused on self-defense.

The Gracie brothers understood the importance of the ground for two reasons: firstly, because they were not as good standing up as the Japanese or the wrestlers, and secondly, because the fight formats of the time aimed for submission, with rounds of varying lengths. The ground work was refined, even though we now know that Jiu-Jitsu/Judo from the same era also produced specialists on the ground. This is without even mentioning the Kosen school which, like the Gracies, lacking level in Tachiwaza (standing), specialized in the ground.

One last thing: Jiu-Jitsu from the first half of the 20th century looks nothing like what is practiced today in the IBJJF, ADCC, or WNO. It was a style that was developing, whereas today, it is being refined.

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Réflexions martiales d’un Hypnofighter #500 : Le Gracie Jiu-Jitsu et le Kodokan (Kano) Jiu-Jitsu pré-olympique

Dans l’histoire du Jiu-Jitsu, nous avons souvent entendu la version Gracie, affirmant notamment que Carlos et Jorge (George) ont été élèves directs de Maeda, et qu’Hélio était malingre mais a transformé la forme du style japonais pour l’adapter à son gabarit. Pourtant, les articles de journaux d’époque et les faits historiques ne disent pas exactement cela. Le professeur principal des Gracie a été Donato Pires, qui lui-même a été « diplômé » par Maeda. Cela n’empêche pas qu’ils aient pu, comme nous aujourd’hui, suivre des séminaires avec le maître. Mais si je fais des stages avec Mica Galvao, est-ce que cela fait de moi son disciple pour autant ?

Le Kano Jiu-Jitsu (Judo) avant l’ère olympique était un style complet : il y avait du combat debout, du sol, et des projections. Dans l’arsenal technique, il semble que des Japonais comme Omori ou les frères Ono pratiquaient aussi les clés de jambes. Est-ce parce qu’il y avait des affrontements avec des règles variables que les jujitsukas utilisaient ces clés ? Je ne le sais pas encore avec certitude.

Ce que les Gracie ont maintenu, hormis ce qui était à l’époque le cœur de leur modèle commercial (la self-défense), c’était une forme de randori avec des règles issues de la Federação de Pugilismo, avant la création de la première fédération officielle des Gracie en 1964 : la Federação de Jiu-Jitsu do Estado da Guanabara. Dans son livre, Robert Drysdale précise bien que les compétitions ressemblaient encore beaucoup au Judo de l’époque et que les projections rapportaient plus de points que les passages de garde.

Même si face aux Japonais du Kodokan, les Gracie avaient du mal à rester debout (d’où les fréquents tirages de garde), ils n’étaient pas mauvais pour autant. On peut lire dans les archives que Jorge a souvent projeté ses adversaires. Et le temps « illimité » au sol pouvait aussi être relatif à la présence du ring, aux sorties de tapis, ou simplement à la fin de rounds de 10 minutes.

Si Masahiko Kimura, dans ses mémoires, ne parle pas énormément des Gracie, à part pour dire qu’Hélio ne tenait pas sur ses jambes, il ne fait malheureusement pas référence à un « style spécifique » des Gracie, comme si ce qu’ils proposaient était simplement ce qu’il connaissait déjà au Japon…

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 Martial Reflections of an Hypnofighter #500: Gracie Jiu-Jitsu and Pre-Olympic Kodokan (Kano) Jiu-Jitsu

In the history of Jiu-Jitsu, we have often heard the Gracie version, stating notably that Carlos and Jorge (George) were direct students of Maeda, and that Helio was frail but transformed the form of the Japanese style to adapt it to his frame. However, newspaper articles from the era and historical facts do not say exactly that. The main teacher of the Gracies was Donato Pires, who himself was « certified » by Maeda. This does not prevent the possibility that they might have, like us today, attended seminars with the master. But if I do seminars with Mica Galvao, does that make me his disciple?

Kano Jiu-Jitsu (Judo) before the Olympic era was a complete style: there was stand-up fighting, groundwork, and throws. In the technical arsenal, it seems that Japanese practitioners like Omori or the Ono brothers also practiced leg locks. Was it because there were clashes under variable rules that these jujitsukas used these locks? I do not know for sure yet.

What the Gracies maintained, apart from what was at the time the heart of their business model (self-defense), was a form of randori with rules stemming from the Federação de Pugilismo, before the creation of the first official Gracie federation in 1964: the Federação de Jiu-Jitsu do Estado da Guanabara. In his book, Robert Drysdale clarifies that competitions still resembled Judo very much and that throws awarded more points than guard passes.

Even if faced with the Japanese of the Kodokan, the Gracies struggled to stay standing (hence the frequent guard pulls), they were not bad either. We can read in archives that Jorge often threw his opponents. And the « unlimited » time on the ground could also be relative to the presence of the ring, going out of bounds, or simply the end of 10-minute rounds.

If Masahiko Kimura, in his memoirs, does not speak extensively of the Gracies, other than to say that Helio could not stay on his legs, he unfortunately does not reference a « specific style » of the Gracies, as if what they were offering was simply what he already knew in Japan…

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Réflexions martiales d’un Hypnofighter #490 : Géo Omori

Nous avons tous « acheté » l’histoire orientée par Rorion Gracie, selon laquelle seuls les Gracie ont introduit le Jiu-Jitsu au Brésil en lien direct avec Maeda. Seulement, l’histoire ne ment pas, et encore moins les articles de l’époque que vous pouvez retrouver dans la série de livres CHOQUE. Carlos et George Gracie n’ont pas étudié directement avec le Conde Koma, mais avec le seul élève certifié par le sensei : Donato Pires dos Reis.

Carlos a été un spécialiste du marketing, comme l’a été toute la famille Gracie, et d’un certain côté, merci à eux, car nous avons une chouette discipline avec laquelle nous pouvons jouer quotidiennement. Je reviendrai sur tous ces mensonges et arrangements historiques dans différents articles et vidéos.

Dans cet effacement historique, il y a Géo Omori. Il a été un combattant qui a bien plus combattu que Carlos, Georges ou Hélio. C’était un Japonais qui fut le premier à développer le Jiu-Jitsu à São Paulo et à combattre très régulièrement. On a tendance à croire que les combats au Brésil étaient tous des « Vale Tudo », ce qui n’était absolument pas le cas jusqu’en 1935. Les athlètes combattaient soit sous des règles de Lutte Gréco-Romaine, de Lutte Libre, parfois de Catch Wrestling, un peu de Judo (le style qu’on nomme Jiu-Jitsu), ou sous des règles mixtes mêlant ces différentes disciplines.

Chose intéressante, il gagna beaucoup de combats grâce à des clés de jambes, ce qui nous rappelle que le Kodokan Judo enseignait déjà entre 1907 et 1915 ce type de techniques (qui aujourd’hui sont un lointain souvenir pour nos amis judokas).

Il a été l’un des plus grands promoteurs du Jiu-Jitsu et osait prendre tous les combats, peu importent les règles. Malheureusement pour le monde du Jiu-Jitsu au Brésil, il est mort assez jeune, ce qui fait qu’il n’a pas pu continuer à faire reconnaître son style agressif. À noter que les Gracie, et surtout Hélio, étaient à l’inverse de George : des pratiquants de Jiu-Jitsu de défense et d’opportunité. La « rétention », ça vient d’Hélio.

L’histoire de cet homme est malheureusement oubliée malgré son palmarès et sa maîtrise du budo de Kano, pour servir le récit du Gracie Jiu-Jitsu.

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 Martial Reflections of an Hypnofighter #490: Geo Omori

We all « bought » the slanted history presented by Rorion Gracie, where only the Gracies introduced Jiu-Jitsu to Brazil in a direct line with Maeda. However, history does not lie, and even less so the articles of the era that you can find in the CHOQUE book series. Carlos and George Gracie did not study directly with Conde Koma, but with the only student certified by the sensei: Donato Pires dos Reis.

Carlos was a marketing specialist, as was the entire Gracie family, and in a way, thank you to them, because we have a great discipline we can play with daily. I will return to all these lies and historical arrangements in various articles and videos.

Within this historical erasure exists Geo Omori. He was a fighter who fought far more than Carlos, George, or Helio. He was a Japanese man who was the first to develop Jiu-Jitsu in São Paulo and to fight very regularly. We tend to believe that fights in Brazil were all « Vale Tudo, » which was absolutely not the case until 1935. Athletes fought under Greco-Roman Wrestling rules, FreeStyle, sometimes Catch Wrestling, a bit of Judo (the style we call Jiu-Jitsu), or mixed rules combining these different disciplines.

Interestingly, he won many fights with leg locks, recalling that Kodokan Judo was already teaching these types of techniques between 1907 and 1915 (which today are a distant memory for our judoka friends).

He was one of the greatest promoters of Jiu-Jitsu and dared to take any fight under any rules. Unfortunately for the world of Jiu-Jitsu in Brazil, he died quite young, which meant he could not continue to gain recognition for his aggressive style. It should be noted that the Gracies, and especially Helio, were the opposite of George: they were defensive and opportunistic Jiu-Jitsukas. « Retention » comes from Helio.

The history of this man is unfortunately forgotten, despite his record and his mastery of Kano’s budo, to serve the Gracie Jiu-Jitsu narrative.

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