Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #85 : L’explosion du Karate Kyokushin grâce à un Manga

En tant que fan de manga depuis ma jeunesse, je pense que pour beaucoup de personnes de ma génération, deux éléments ont contribué à notre passion pour les arts martiaux : les films de Bruce Lee et les mangas. Je fais partie de la seconde catégorie.

On peut clairement observer l’influence d’un média sur la passion qu’il suscite. Si vous parlez aux pratiquants des années 80-90, beaucoup vous diront qu’ils ont découvert les arts martiaux grâce à un film. Au Japon, un homme a véritablement révolutionné le monde du Karate. J’ai d’abord pensé que c’était Mas Oyama, mais en réalité, bien que Sosai ait été un pratiquant remarquable et un excellent marketeur, c’est un mangaka qui a créé la véritable révolution.

Ikki Kajiwara, l’auteur de « Ashita No Joe, » un manga sur la boxe, est celui qui a propulsé le Kyokushin au sommet des sports de combat au Japon, et plus tard dans le monde entier. Il a revisité la biographie de Mas Oyama en exagérant les faits pour plonger les lecteurs dans un véritable shonen.

Il s’avère que la grande majorité des personnes venues assister au premier championnat du monde en 1975 étaient des fans du manga qui voulaient voir les combats en chair et en os, The 1st World Kyokushinkai Championship 1975. L’année suivante, Kajiwara a réalisé un film qu’il a intitulé The Strongest Karate Kyokushin Documentary. C’est amusant de constater que, sans le savoir, cette influence marketing était toujours associée au Kyokushin, comme je m’en suis rendu compte lorsque je m’entraînais au dojo de l’ACBB en 1998. Sur nos t-shirts et nos hoodies, on pouvait lire « The Strongest Karate ».

Comme je l’ai partagé dans d’autres articles, au début des années 70, le Kyokushin n’était qu’une petite école dont le dojo principal à Ikebukuro se trouvait au milieu d’un bidonville. Seiko Oyama, l’un des deux frères qui ont fondé le Karate Oyama, expliquait qu’il avait été envoyé au milieu de nulle part, en Alabama, alors qu’il n’y avait rien dans la région.

La mythologie entourant le Kyokushin (et attention, ces gars sont vraiment des monstres d’une puissance incroyable) a beaucoup utilisé l’imagination et de nombreuses suggestions. Dans le célèbre manga « Karate Baka Ichidai », toute la première partie est axée sur Sosai, mais il semble que la seconde partie se soit plutôt concentrée sur Ashihara, qui est devenu l’une des grandes figures de la discipline avant de se brouiller avec Oyama et de fonder sa propre association de Karate.

Il faut reconnaître que Kajiwara était un professionnel de la communication, et il savait comment susciter l’intérêt des lecteurs en présentant des éléments réalistes. Plus il donnait l’apparence de la réalité, plus il pouvait nourrir la curiosité des lecteurs, dont certains devenaient ensuite pratiquants de Kyokushin.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu Willy Williams combattre un ours dans Human vs. Bear ou même combattre Antonio Inoki dans MMA Ancestors – karate vs wrestling.wmv mais c’est encore une stratégie de Kajiwara. Il est important de noter que Mas Oyama n’approuvait pas nécessairement tout cela. Cependant, même sans son approbation, l’image du karate gagnait toujours en popularité et en influence.

Aujourd’hui, comme pour le Jiu-Jitsu, la publicité n’est pas aussi cruciale qu’elle a pu l’être pour l’UFC. L’essentiel est d’attirer et de susciter l’intérêt pour ces disciplines. Avec le temps, le nombre de pratiquants contribue automatiquement à élever le niveau, en produisant des talents incroyables tels que Gordon Ryan, Maregali, Volkanosky, Tusseau, et bien d’autres.

Plus je découvre les dessous du karaté et de nombreux autres arts martiaux, plus je comprends les raisons qui motivent ces approches, même si elles ne correspondent pas nécessairement à nos idées traditionnelles sur les arts martiaux. Mais quand on y pense, le commerce et le marketing sont aussi un combat, une voie comme une autre 🙂

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#kyokushinkai #karatebakaishidai #masOyama #WillyWilliams #AntonioInoki #Ashihara #IkkiKajiwara #HombuDojo #politique #marketing

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #84 : Quand il s’agit de vraiment se battre

J’écoutais un podcast sur Gong avec la Fine équipe qui parlaient du fait qu’il est quasiment impossible de se préparer à ce qui pourrait se passer pendant une agression. Je suis assez d’accord avec ce que Cyrille et Daniel disent, quand il s’agit de combattre, nous ne savons jamais réellement comment nous allons pouvoir réagir.

Il est difficile de recréer des conditions qui peuvent se rapprocher de la phase de stress que nous pouvons vivre lorsque quelqu’un souhaite nous blesser voire même nous attaquer. Nous entrons dans un mélange de tremblements, de peurs, de stimulations, de colère et de multiples sensations qui ne sont pas facilement digérables.

Vous l’avez certainement déjà vécu lorsque vous avez été impliqué dans un accident assez violent, un imprévu qui vous met dans un état extrêmement intense de stress. À ce moment, nous pouvons être préparés à beaucoup de choses, mais la chimie de notre corps peut avoir d’autres intentions.

Si nous ne pouvons pas arriver à recréer ce type de contexte, nous pouvons toujours nous en approcher. Et ce qui se rapproche le plus d’un affrontement de rue est le combat ritualisé, celui que nous pratiquons en compétition, avec un adversaire qui, dans un cadre « confortable », veut nous mettre en difficulté.

Bien sûr, tout est différent de ce qui se passe dans le cadre urbain. Nous sommes échauffés, nous connaissons le début et la durée possible du combat, nous savons qu’il n’y a pas d’armes ni même de groupe qui peuvent entrer en jeu. Nous sommes donc potentiellement prêts à ce moment-là, même si nous ne pouvons pas assurer que nous pourrons nous exprimer pleinement.

Il est d’ailleurs fréquent que les premières secondes ne soient pas faciles pour donner le meilleur de nous-mêmes. Nous avons la sensation d’être lents, d’être moins performants qu’à l’entraînement. Imaginez si un jour où nous avons pu nous conditionner et nous préparer, nous ne sommes pas au top, que se passe-t-il quand nous ne sommes pas du tout connectés à la violence qui peut surgir sans que nous nous y attendions.

Nous pouvons sentir que nous n’avons pas les bons gestes, voire même que nous ne bougeons pas le moins du monde. Ce n’est rien d’autre qu’une phase de Freeze. Le pire, c’est que même si des dizaines de fois vous avez été très réactifs, il est possible que la prochaine fois, vous ne le soyez pas.

C’est comme les jours où nous ne le ressentons pas pendant une compétition. Seulement dans un sport, au pire, ça pique un peu, mais dans la rue, cela peut avoir des conséquences assez compliquées à gérer. Entre les blessures graves et les divers traumatismes physiques et psychiques, que ce soit pour nous ou pour les personnes qui auront été attaquées.

Les cours qui souhaitent enseigner la self-défense ne pourront travailler que quelques facettes de ce qu’est la réalité d’une agression. Plus ils parviendront à entraîner dans des conditions stressantes, plus il pourra potentiellement y avoir des réponses. Cela passera par une phase de combat proche de la compétition, avec des inconnus qui souhaitent vraiment en découdre.

Cette facette de la self-défense doit être sérieusement considérée dans nos styles, et ce qui est raconté pendant ces séquences doit être pris avec du recul et bien encadré par rapport à la gestion du stress.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous,

Be One 

Pank

#Selfdefense #stress #pattern #automatisme #traumatisme #fight #flight #freeze

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #82 : Carlos Gracie, le Kano Brésilien

Je m’égare peut-être un peu en comparant Carlos à Jigoro, mais il est indéniable que tous les deux étaient des génies de la pédagogie et du marketing à leur manière. Carlos, en particulier, a joué un rôle majeur dans la structuration du Jiu-Jitsu et la création d’un véritable style de vie associé. Entre la Gracie Diet et les comportements qu’il attendait de ses élèves en dehors du dojo, il a façonné une approche holistique de la discipline.

Il convient de rappeler que Carlos était l’élève direct de Maeda, un disciple du Kodokan et du célèbre Kano Jiu-Jitsu, qui est officiellement devenu le Judo en 1925. Lorsque Maeda est arrivé au Brésil pour diverses raisons, il a proposé une méthode de combat qu’il appelait encore Jiu-Jitsu, mais qu’il avait modifiée pour s’adapter aux exigences du Prizefighting.

Carlos est donc l’un des frères Gracie qui a acquis des compétences auprès de ce professeur, et après avoir lui-même testé sa méthode contre d’autres styles, il s’est principalement orienté vers l’enseignement et la diffusion de leur méthode de Jiu-Jitsu. Avec l’aide de Hélio, cette discipline a réussi à se faire reconnaître grâce à l’introduction des Vale Tudo (combats où tout est permis). 

Carlos, issu d’une famille aisée, avait une compréhension profonde des rouages de la communication et a mis en lumière sa discipline. Il était capable d’organiser des tournois de Vale Tudo qui étaient relayés dans des journaux tels que le Globo. C’était l’équivalent des gros titres dans des journaux de renom en France, comme Le Monde ou Le Figaro.

Carlos avait une vision globale à travers le Jiu-Jitsu. Il a mis en place des exercices et des techniques visant à développer des compétences applicables dans la vie quotidienne. Il a également mis l’accent sur la self-défense, ce qui différait de l’approche de Maeda.

Malheureusement, Carlos est souvent oublié, et c’est Hélio qui est généralement mis en avant, voire même considéré comme le fondateur de ce style de Jiu-Jitsu. Cependant, il n’était pas le cerveau de la famille. En revanche, il était un praticien exceptionnel qui a affiné les techniques pour les adapter à son propre gabarit.

Le fils de Carlos, Carlos Jr (le père avait 21 enfants), a également révolutionné le Jiu-Jitsu en le développant du point de vue sportif, un peu à l’image de ce que Kano a fait pour l’intégration du Judo aux Jeux Olympiques. Il a réussi à faire du Jiu-Jitsu ce que nous connaissons aujourd’hui, avec la CFJJ devenue l’IBJJF.

Carlos Sr aurait pu être témoin de la victoire de son Jiu-Jitsu lors de l’UFC 1, un événement qui a propulsé cette discipline vers de nouveaux sommets. Sans le travail considérable de Carlos, jamais nous n’aurions vu cette discipline s’étendre au-delà du Brésil et s’affirmer comme un art de combat efficace dans le monde de la compétition interstyle.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#CarlosGracie #Heritage #Technique #légende #Maitre #Jiujitsu #GracieJiujitsu #HelioGracie #MMA #Règles #compétitions #IBJJF #Kano

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #81 : Quand le Karaté Japonais Influence le Karaté d’Okinawa

Nous savons tous que le Karaté est né sur les îles RyuKyu au Sud du Japon. Il existe de nombreuses théories sur la manière dont ce style est arrivé, mais nous pouvons être certains qu’il trouve ses origines dans le Sud de la Chine. Jesse Enkamp, un passionné d’arts martiaux et de Karaté, explique qu’il est possible que des influences philippines aient également intégré le style de combat d’Okinawa.

On aime créer des légendes autour des grands combattants de l’île, mais factuellement, à part Motobu qui semblait être le « badass » de la première période connue du Karaté, ou plutôt du Kenpo, il n’y a pas eu de gros combattants reconnus.

L’un de ses élèves, ou du moins un pratiquant influencé par son travail, Shigeru Nakamura, a mis en place un style d’Okinawa Kenpo avec des protections pour permettre aux combattants de s’affronter à pleine puissance. Parmi ses élèves, il y avait un ancien pratiquant de Judo, Kenichi Kinjo. Il s’entraînait avec Nakamura et puis un jour, il découvre le Kyokushin à travers une annonce.

En effet, à l’époque, Oyama promettait aux vainqueurs des All Japan un poste d’instructeur à l’étranger. Il faut se souvenir que ce dernier a davantage développé le Kyokushin à l’étranger qu’au Japon. En 1971, il n’y avait qu’environ 80 dojos nippons contre près de 400 dans le monde.

Kinjo, jeune et vaillant, se rend au Hombu Dojo d’Oyama et défie les pratiquants. C’est Shigeru Oyama, le head instructeur, qui relève le défi. Et il met Kinjo à sa place. Ce dernier est tellement frustré du temps qu’il a passé à répéter les katas et autres méthodes traditionnelles d’Okinawa qu’il décide de rester à Tokyo.

Il s’entraîne quelques mois en tant qu’ushi deshi, est sélectionné par le Hombu pour participer au 3e championnat du Japon, et se classe 5e. Ce qui est remarquable pour un pratiquant qui ne pratiquait le Kyokushin que depuis quelques mois.

Après cette période, il décide de retourner sur son île natale et de créer son propre style de Karaté : le RyuSeikan, entre la tradition et le combat au Ko du Kyokushin. C’est Kinjo qui a importé la forme japonaise du combat sur l’île. D’ailleurs, il a été très critique du fait que les pratiquants d’Okinawa étaient faibles et que la forme de Karaté sans combat dur n’avait pas de sens.

C’est pour cette raison que maintenant nous avons des dojos comme le Goju-ryu Meibu-kan des Yagi qui offrent des entraînements en combat en forme de plein contact.

Il est intéressant de se dire que le Karaté qui a été exporté par Funakoshi, Mabuni et d’autres est revenu avec la forme la plus dure, modifiée par Oyama.

Cela nous pousse également à réfléchir sur le Karaté de base, qui pour beaucoup n’est qu’un exercice sportif et pas vraiment un art de combat. Itosu, l’un des vulgarisateurs du Te, est celui qui l’a orienté vers un système de cours de masse pour le renforcement, s’éloignant ainsi de la self-défense ou du combat sportif.

En France, nous avons beaucoup acheté de mysticisme à travers les maîtres et les démonstrations, mais la réalité, celle que Kinjo a vécue dans sa chair, c’est que pendant longtemps, sur de nombreux aspects, le Karaté d’Okinawa n’avait que peu de pratiquants vraiment forts et efficaces. Funakoshi en est un exemple, Motobu l’a constaté après son défi.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#karate #okinawa #ryuseikan #KenichiKinjo #meibukan #oyama #kyokushin

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #80 : Royler Gracie, l’un des plus grands combattants de la famille Gracie

Dans la constellation d’athlètes légendaires de la famille Gracie, deux étoiles brillent d’un éclat exceptionnel. D’un côté, Royce, jeté dans l’arène impitoyable du Vale Tudo de l’UFC sans avoir jamais combattu dans ces styles de sa vie. De l’autre, Rickson, nous plongeant dans un monde digne d’une série Netflix. Parmi cette pléiade de combattants fabuleux, deux autres se détachent indiscutablement : Roger Gracie, 10 fois Champion du Monde de Jiujitsu avec un record MMA de 10-2, une véritable légende. Et celui sur lequel je souhaite aujourd’hui braquer les projecteurs : Royler Gracie.

Malheureusement, dans le monde des sports de combat, les catégories légères sont souvent négligées, malgré des niveaux techniques exceptionnels. À mes yeux, le plus grand combattant MMA de tous les temps demeure Demetrious Johnson, mais le public n’a malheureusement que peu d’égards pour lui, comme en témoigne son départ  de l’UFC.

Royler Gracie, quant à lui, a accumulé 4 titres de Champion du Monde de Jiujitsu et 3 titres aux prestigieux ADCC. En MMA, son bilan de 5 victoires pour 5 défaites dans la catégorie des moins de 65 kg. Tout comme Musumeci et Caio Terra par la suite, il a osé se frotter à des adversaires de toutes catégories, décrochant même une médaille de bronze aux World Championships.

Royler se distingue par sa technicité et sa grosse pression, même si son nom n’est pas entouré du mythe d’invincibilité qui entoure Rickson. Il a également formé d’excellents combattants au sein de son académie Gracie Humaita, parmi lesquels Saulo Ribeiro, l’un des plus connus..

Ce qui séduit particulièrement chez Royler, c’est son esprit martial. Alors que son père Hélio n’était pas porté vers la compétition, Royler a courageusement porté le nom des Gracie au cœur de l’ère moderne du Jiujitsu. Il a démontré sa force sans succomber aux exagérations habituelles associées à sa famille.

Il a également accepté les défis lancés dans les dojos. On se souvient notamment de sa mémorable confrontation avec Eugénio Tadeu de la Luta Livre (https://www.youtube.com/watch?v=jp-4dU6Wh9s). Il s’est aventuré dans le monde du MMA, même à une époque où ses méthodes étaient considérées comme « old school ».

Royler Gracie incarne véritablement l’archétype de l’artiste martial. Il a combattu à la fois sur le tapis et dans la « rue », tout en se distinguant comme un enseignant discret, rappelant les senseis orientaux.

En ce qui concerne son Jiujitsu, malgré sa petite stature, il a développé un jeu axé sur la pression qui forçait le respect de ses adversaires. Bien que son style puisse sembler moins sophistiqué comparé aux standards actuels, il était incontestablement au-dessus de la majorité à son époque.

Il est également remarquable qu’il ait été l’un des plus proches sparrings de Rickson lors de la préparation de ses combats, malgré la pléthore de talents au service de la tête d’affiche de la famille Gracie.

En somme, nous avons la chance de disposer de vidéos, de victoires et de défaites d’un combattant qui a contribué à écrire l’histoire du Jiujitsu et des arts martiaux modernes. Tout cela, sans la surexposition médiatique des réseaux sociaux d’aujourd’hui, ce qui ajoute une dimension d’authenticité à son héritage. Royler Gracie, un nom qui perdurera dans les annales des arts martiaux.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#RoylerGracie #Heritage #Technique #légende #Maitre #Jiujitsu #GracieJiujitsu #HelioGracie #MMA #Règles #compétitions

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #79: Le Vale Tudo

Vous vous souvenez certainement de ces débuts du MMA, que les Brésiliens avaient nommés « Vale Tudo ». Un combat en ring sans gants, avec des coups de tête et des frappes aux parties autorisées ? On y avait également droit aux stomps, ou ce que l’on aime appeler les « soccer kicks ».

C’était plutôt sanglant, et les combattants étaient vraiment solides. Je suis en train de relire un ouvrage que Budo International avait publié il y a quelques années, et dans la première interview du livre avec Helio, ce dernier met en avant le Vale Tudo. Il estime que c’est ce qu’il enseigne, plutôt que du Jiu-Jitsu sportif. Il souhaite montrer que le Jiu-Jitsu est un bon système interstyle et que le Vale Tudo n’est que sa forme d’expression. Le défaut reconnu de la famille Gracie est le fait qu’elle n’ait pas vraiment voulu se plonger dans les autres styles, tels que la boxe ou la lutte, pendant au moins la première décennie du MMA.

Helio voyait dans la notion de Vale Tudo la notion de liberté, mais aussi de temps illimité. C’est un point que de nombreux Jiujitsuka avaient critiqué lorsque l’UFC avait commencé, pour des raisons visuelles et commerciales, en introduisant des rounds, devenant ainsi de plus en plus un divertissement sportif plutôt qu’un combat « pur ».

Il est vrai que des combats comme Kerr vs. Gurgel, même s’ils n’étaient pas illimités et clairement ennuyeux pour les passionnés actuels de MMA, offraient 30 minutes d’affrontement sans temps mort. Par conséquent, les dynamiques de combat étaient très différentes. Le Vale Tudo a également été repris par les Japonais avec des rounds de 10 minutes pour des événements comme Pride et Rizin. Cette notion de ne pas intervenir modifie considérablement la perspective du combat. Imaginez des lutteurs bloquer un combattant dans la cage pendant 30 ou 60 minutes, cela changerait beaucoup de choses, tout comme les strikers pourraient fuir et contre-attaquer pendant de longues périodes.

Pour Helio, le Jiu-Jitsu de compétition ne représente pas son Jiu-Jitsu. Lui était dans l’idée de ne pas avoir de temps limité et voulait compenser l’athlétisme des combattants par la gestion du combat et les erreurs possibles. Je comprends sa notion, mais les Jiujitsukas actuels, grâce à l’aspect sportif, sont infiniment plus compétents que les générations de Helio, Carlson ou Rickson.

Le seul inconvénient, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises ici, est que plus un système devient sportif, plus il se spécialise et moins il est ouvert à un « vale tudo ». En Jiu-Jitsu et Luta, nous sommes peut-être moins aptes à gérer les percussion, de la même manière qu’un kickboxeur ou un boxeur anglais ne serait pas apte à lutter.

La semaine dernière, j’ai vu que Werdum et Dos Santos, deux anciens champions de l’UFC, se sont affrontés dans un combat MMA à mains nues : le Gamebred Bareknuckle MMA. Cela reste du MMA avec les règles que nous connaissons, mais l’idée sur le papier est intéressante. Cependant, on sait que pour l’intégrité du visage, en raison des coupures, ce n’est pas terrible. Est-ce que simplement retirer les gants a du sens ? Je n’en suis pas sûr. S’ils reproduisaient ce que les événements passés proposaient, peut-être que nous verrions quelque chose de différent.

En tout cas, ce livre montre aussi à quel point Helio pouvait être à la fois génial et complètement stupide, comme le montre également le livre de Rickson : « Breath ». Avez-vous suivi le Vale Tudo à l’époque où nous avions accès à ces événements ?

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#ValeTudo #Jiujitsu #GracieJiujitsu #HelioGracie #MMA #Règles #compétitions

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #78 : Les Jeunes Combattants Sont Incroyables

L’ère d’Internet a véritablement révolutionné le paysage des arts martiaux. Les jeunes générations passent des années à visionner des vidéos, à consulter des tutoriels et à regarder des combats de MMA et d’arts martiaux modernes. Cette avancée a propulsé la nouvelle génération vers des niveaux de compétence inédits.

J’ai la chance d’affronter régulièrement de jeunes combattants en BJJ, en Luta, en MMA et en boxe. Et franchement, ils sont nettement meilleurs que moi. C’est incroyable de voir comment, en l’espace de quelques années, ils développent des aptitudes naturelles, accumulent des connaissances provenant de diverses sources en plus de leurs cours, et atteignent des niveaux de condition physique impressionnants.

Nous avons également la chance de compter parmi nous des jeunes dotés d’une grande détermination. Les médias dépeignent souvent la nouvelle génération comme étant paresseuse et dépourvue de courage. Rien n’est plus éloigné de la vérité pour ceux qui ont choisi de s’investir dans les arts martiaux modernes. Ils s’entraînent bien plus assidûment que les générations précédentes.

Ils disposent de davantage de salles d’entraînement, de séances de pratique libre, d’open mat, et peuvent se rassembler facilement grâce aux réseaux sociaux. Ils s’investissent pleinement lors des cours, parfois en suivant plusieurs séances dans la même journée.

En ce qui concerne les disciplines récentes, ils bénéficient également de structures de progression et de cours de qualité, ce qui représente un atout indéniable. Les premières générations devaient parfois se débrouiller seules pour s’entraîner en MMA. Aujourd’hui, des programmes de formation de haut niveau sont disponibles.

Les fédérations elles-mêmes sont de plus en plus actives. Que ce soit pour nous, avec la CFJJB (Confédération Française de Jiu-Jitsu Brésilien) ou la FMMAF (Fédération de Mixed Martial Arts Française), nous avons désormais de nombreuses compétitions et rassemblements. Cela crée un cadre fédéral qui permet de mesurer réellement les progrès et suscite l’envie de s’impliquer davantage, que ce soit en arbitrage, en organisation, etc.

Dans les années à venir, nous verrons émerger de véritables talents. En tant que passionnés et enseignants, il est essentiel que nous prenions en considération les désirs de nos jeunes élèves. Comme je le mentionnais à Dao, parfois, lorsque nous rencontrons des prodiges en herbe, nous avons tendance à les pousser, alors qu’ils ne souhaitent peut-être que passer des moments agréables entre amis, pratiquer simplement un sport et prendre du plaisir.

Nous devons simplement proposer sans imposer. Même si ces prodiges ne brillent pas nécessairement en compétition, ils trouveront en notre communauté un lieu de vie et de socialisation sportive qui les mettra en valeur. Être doué et passionné ne signifie pas obligatoirement vouloir faire de la compétition.

Pour nous, les anciens, il est également enrichissant de partager avec cette génération qui nous dépasse, car elle nous pousse à progresser et à monter en compétence. Cela nous incite à élaborer de nouvelles stratégies et à offrir une résistance accrue.

Vivement la maturité de nos disciplines contemporaines.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#MMA #ArtsMartiauxModernes #BJJ #JiuJitsu #LutaLivre #Formation #Compétition #CFJJB #FMMAF

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #77 : L’Histoire de l’Affrontement entre Shorinji Kempo et Karate Kyokushinkai #3

Dans ce post, nous allons finir l’histoire de l’affrontement entre le Shorinji Kempo et le Karate Kyokushinkai. Nous nous retrouvons à une époque où environ 80 pratiquants de Shorinji Kempo se rassemblaient autour du Hombu Dojo, tandis qu’Oyama, le fondateur du Kyokushin, était introuvable. De l’autre côté, des combattants Kyokushin déterminés, tels que Howard Collins, se préparaient à relever le défi des 100 combats. On raconte qu’ils ont été attaqués dans l’obscurité. Howard Collins n’a pas été blessé, ce qui semble assez cohérent si on peut seulement imaginer dans quel état physique il devait se trouver pour affronter une telle épreuve.

Les membres du Shorinji Kempo ont été témoins de vitres brisées et de Svastika taggés (un symbole religieux japonais que l’on trouve encore aujourd’hui sur certains Gi des pratiquants de Shorinji). Soeno, futur fondateur du Shidokan, partage l’information selon laquelle de nombreuses photos ont été prises pendant l’incident. Cela suggère une tentative d’intimidation et la préservation de preuves en cas de violence ultérieure.

Il est évident que le Shorinji Kempo de l’époque était habitué aux affrontements « politiques » qui étaient assez courants dans les universités. Les Kyokushin ont poursuivi les assaillants, mais il n’y a pas plus d’informations disponibles à ce sujet.

Il semble, qu’après cette “invasion”, Suzuki Shihan (SK) soit revenu avec un groupe important pour rencontrer Oyama et résoudre la situation pacifiquement. Soeno (encore lui) est le seul pratiquant à être sorti du Hombu pour les confronter ce jour-là. Cette source semble fiable, sachant que Sugihara Shihan, le garde du corps de So Doshin et le fondateur du Byakuren Kenpo Karate, en est l’auteur.

Suite à cet incident, un accord aurait été conclu pour déclarer que les articles précédemment publiés étaient des mensonges. Cela met en lumière l’aspect politique d’Oyama, qui à l’époque validait les articles publiés dans le journal. Par conséquent, ceux qui prétendaient que le Shorinji Kempo était une fraude étaient en réalité soutenus par lui.

Il est important de noter qu’Oyama a prétendu être intervenu pour empêcher Soeno de frapper Suzuki, bien que ce jour-là il ne soit pas présent sur les lieux. Cette déclaration soulève des questions sur la véracité de ses propos.

Autre élément que je trouve particulièrement intelligent, c’est qu’a cette période, Sosai préférait faire affronter les”défiants” pendant les tournois de Kyokushin, pour montrer publiquement leur supériorité. 

Un point intéressant est qu’Ashihara Sihan s’est rendu seul au Hombu du Shorinji  pour les confronter, et il semble avoir développé un profond respect voire une amitié avec So Doshin. Il a même affirmé à Soeno que le Shorinji Kempo était un modèle à suivre, tandis que le Kyokushin était plus adapté à la formation de combattants solides mais moins à l’organisation.

On aurait pu penser que l’histoire se serait terminée à ce stade, mais elle a continué à travers les médias. Un auteur a prétendu qu’Oyama s’était agenouillé pour mettre fin au conflit, mais par la suite, il a publié un livre, ou certains chapitres  attaquaient le Shorinji Kempo.

Ce qui a véritablement transformé le Kyokushin n’est pas seulement son succès dans le monde du combat, mais son succès en marketing. Ce conflit a finalement été la meilleure opération commerciale pour les deux disciplines. Un autre élément majeur qui a propulsé le Karate dans la légende est l’apparition d’un manga, Karate Baka Ichidai.

Pour ceux qui me suivent, vous savez que je souligne souvent le rôle des récits et des histoires dans la vie. À cette époque d’ascension des arts martiaux japonais, ce n’est pas seulement la qualité des combattants qui a fait connaître ces styles, mais aussi les mythes qui ont été créés pour captiver l’imagination des spectateurs et des futurs pratiquants.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#kyokushinkai #shorinjiKempo #masOyama #SoDoshin #Soeno #ShidokanKarate #HombuDojo #politique #marketing »

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #76 : Avancer sans cesse… Bravo Strickland

Le combat de l’UFC 293 entre Adesanya et Strickland a été une belle rencontre. Comme vous le savez, je ne suis pas un adepte du MMA, bien que je comprenne que cela soit un business. Je ne suis pas les conférences de presse ni les vidéos intégrées de l’UFC, je me contente de regarder les combats.

J’ai pris un peu de temps après que les « rivalités » se sont exprimées dans la cage pour réfléchir à la dynamique du combat. Comme nous le savons, plus il y a une histoire intense entre les combattants, plus le public s’investit émotionnellement et, par conséquent, consomme davantage le produit final.

Vendredi, pendant ma session de combat MMA, j’ai eu l’occasion de faire un sparring en Kyokushin avec Quentin, un pratiquant de karaté. Je me suis rappelé ce que je pensais déjà à l’époque où je pratiquais ce style : c’est un style exigeant, mais il est véritablement gratifiant et forme des individus exceptionnellement solides.

Il est étrange de combattre sans utiliser ses poings pour frapper le visage de l’adversaire, mais ce qui caractérise les Kyokushins, c’est leur détermination à avancer en permanence, ce qui les oblige à développer une grande endurance physique et une capacité à encaisser les coups.

En observant Strickland cette nuit, j’ai été impressionné par son état d’esprit « vivre ou mourir », que l’on retrouve dans la philosophie des élèves d’Oyama. Il a fait preuve d’une détermination admirable en affrontant un titan comme Adesanya, ne reculant jamais.

Il a encaissé des coups comme un vrai combattant de plein contact, mais il n’a pas subi de dégâts sérieux. En fait, il n’était pas très marqué à la fin du combat. Cette mentalité et cette volonté d’avancer sans cesse sont extrêmement difficiles à gérer pour l’adversaire, à moins de parvenir à le mettre KO. Cela peut être particulièrement stressant dans le cadre d’un duel entre deux strikers.

Il y a cette sensation que rien ne peut arrêter l’autre combattant, et que nous pourrions même nous retrouver à subir des coups qui risquent de nous faire tomber pour le compte. C’est l’un des défauts des Kyokushins actuels, qui sont parfois trop enclins à se lancer dans la lutte ou à utiliser des techniques de Judo ou de Greco-Romain, au lieu de se concentrer sur leur performance en MMA.

Quant à Sean, il a maîtrisé le jeu de manière exemplaire, et il était évident que le champion avait du mal à exploiter sa force, qui dépendait de sa portée. Lorsque les segments sont longs mais que les frappes ne parviennent pas à atteindre leur cible lorsque les bras ou les jambes sont complètement déployés, il est difficile de générer suffisamment de puissance. De plus, le contre ne fonctionne que peu lorsque l’adversaire n’engage pas de frappes puissantes, notamment parce qu’il se tient haut sur les jambes.

Ce combat a été vraiment un affrontement de frappes de haute qualité, bien qu’il ait manqué à mon avis une certaine logique du MMA complet. Cependant, l’essentiel est la victoire, pas nécessairement ce que le public souhaite voir. D’ailleurs, le public adore les combats debout et les frappes ! 😊

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

#UFC293 #Striclkand #Adesanya #Karate #Frappes #Avancer #Kyokushin #Intention

Réflexions Martiales d’un Hypnofighter #75 : Arts Martiaux et Racisme ?

Il est assez rare de penser aux discriminations lorsque nous sommes au dojo. Nous portons un Gi et nous combattons avec un apprenti comme nous. Le karaté et mes instructeurs m’ont rapidement expliqué qu’une fois dans le dojo, toutes nos convictions idéologiques et autres sont laissées à la porte, le temps de l’entraînement.

Pourtant, nous sommes des êtres humains, et il est donc fort possible que certaines personnes puissent généraliser leurs pensées au sein du lieu d’entraînement. C’est regrettable, mais je pense que c’est à nous, les professeurs, de tenter de régler le problème. Et si cela n’est pas possible, il faut envisager de renvoyer du club ceux qui ne correspondent pas à l’étiquette.

C’est d’ailleurs l’un des avantages des clubs privés non subventionnés, qui peuvent avoir une politique d’exclusion plus souple que les clubs associatifs.

Dans mes recherches actuelles, je constate à quel point le monde du karaté japonais peut être marqué par le racisme. Certains vont même jusqu’à critiquer de manière incessante Oyama et Matsui du Kyokushin parce qu’ils sont d’origine coréenne. Il semble que la mafia coréenne soit particulièrement présente dans les arts martiaux japonais, alors que je pensais que ce problème était réservé aux yakuzas.

Il est étonnant d’entendre des Shihan plaisanter en disant que tel athlète de Taiwan ou de Corée n’est pas digne de confiance parce qu’il n’est pas japonais, que les non-Japonais ne peuvent pas vraiment comprendre les arts martiaux, et ainsi de suite. Ces remarques sont faites avec une tranquillité déconcertante, alors que nous savons que le Japon est un pays aux tendances politiques d’extrême droite, voire d’ultra-droite. Ce que nous, étrangers dans ce pays, aimons particulièrement, c’est précisément le mélange entre la culture et la modernité, même si cela a un coût social élevé.

Imaginez quand un Willy Williams est venu aux premiers et seconds championnats du monde de Kyokushinkai, comment il a été perçu : Afro-Américain, imposant, pratiquant la boxe japonaise. C’était à une époque où Sosai clamait tranquillement que jamais de son vivant un étranger ne deviendrait champion du monde, et Andy Hug en a payé le prix.

Nous aimons parler de l’universalisme des arts martiaux, mais heureusement, c’est le marketing et le besoin d’argent ont permis à ces disciplines de se propager, créant ainsi un véritable métissage culturel dans le karaté.

Oyama n’était pas Kano, qui voyait le monde, l’éducation, le partage. Sosai était un diffuseur, un excellent commercial, qui s’est brouillé avec de nombreux élèves pour des questions d’argent. Quand les représentants de la World Oyama Federation expliquent que c’était principalement un problème administratif, avec plus d’informations, il apparaît que l’argent était surtout le vrai souci.

Le racisme est profondément enraciné dans le pays du soleil levant, et nous, occidentaux qui aimons l’orientalisme, pouvons facilement ne pas y prêter attention, car notre séjour est souvent de passage, et l’éducation de façade ne laisse entrevoir qu’une image courtoise du peuple nippon. Pourtant, au dojo, la réalité est paradoxalement différente, et il arrive parfois que les Gaijin, les étrangers, soient refusés dans des dojos (j’ai pu le constater une année en cherchant des académies de karaté plein contact qui m’ont dit « Japanese only »).

Il est utile de remettre en question nos croyances et de prendre conscience des réalités culturelles associées à l’histoire des différents pays où nos disciplines sont nées. Helio Gracie, au Brésil, a lui aussi fait partie de l’AIB pendant une période.

Pour nous, génération d’enseignants et de pratiquants, il est essentiel de créer un lieu aussi neutre que possible pour se concentrer sur une seule chose : le combat.

Ne prenez que ce qui est bon et juste pour vous, 

Be one

Pank 

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