Je suis par nature minimaliste, ce qui crée un biais dès le départ. J’ai pris il y a longtemps conscience de l’omniprésence de la sollicitation à la consommation (cf : Les instantanés de Pank / Réflexion #7 : Cette transe de consommation). Malgré cela, est ce que vous avez remarqué que nous n’avons jamais vécu une ère aussi incroyable que celle que nous connaissons actuellement. Je ne parle pas seulement des dernières décennies, mais depuis le début de l’humanité.
Même si malheureusement ce pic est en train de s’éteindre en raison de notre obsession du toujours plus, nous pouvons reconnaître la chance que nous (l’Occident) avons eue depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous avons été témoins de la maturité de l’ère industrielle, du développement de l’ère technologique et des prémices de l’ère numérique voire artificielle. Nous vivons dans l’abondance. Internet nous offre une infinité de connaissances, d’informations, d’échanges et de stimulations, avec la sensation de gratuité.
Nous pouvons consommer des fruits et légumes issus d’autres continents sans nous préoccuper de leur provenance, sans même être surpris. Pour la grande majorité d’entre nous, nos appartements et maisons sont équipés d’eau courante et de sanitaires. Sans parler de tout ce qui compose un lieu de vie, comme les télévisions et autres appareils.
Nous avons des enseignes à bas prix et des boutiques de luxe, nous pouvons manger pour quelques euros tout en dépensant des milliers pour un dîner. Nous sommes constamment en train de consommer, que ce soit le temps des autres, les ressources intellectuelles ou celles de notre environnement naturel. Et pourtant, nous trouvons encore des raisons de ressentir un manque, un manque d’attention, d’amour ou de joie. Nous avons parfaitement le droit de ne pas être satisfaits, tout comme nous avons le droit de nous ennuyer.
Pour répondre à la perte d’impact religieux/spirituel, nous avons toute une gamme de techniques de développement personnel. Plus je discute avec des personnes qui se sont plongées dans ces méthodes, plus je les vois aspirer à toujours plus. Comme si le besoin de plus et d’encore comblait le contentement. Plus de stages, plus de livres, plus de techniques. Nous savons que la grande majorité des personnes qui suivent des formations en ligne ne les achèveront jamais. Pourtant, la satisfaction immédiate réside dans l’acte de les acheter, de se dire « je peux consommer ».
Sans répéter ce que nous savons déjà sur l’effet de la dopamine, quand allons-nous nous dire « faisons avec ce que nous avons » plutôt que de chercher toujours plus, sans jamais avoir utilisé et maîtrisé ce que nous possédons déjà ? Pourquoi choisir un produit plus moderne et performant si nous n’utilisons même pas les fonctions de base de cet outil ?
Pourquoi chercher davantage d’intensité et de stimulation si nous ne sommes plus capables de savourer les goûts et d’écouter nos sens dans leur subtilité ? C’est comme préférer une énorme pizza industrielle à une petite préparée par un spécialiste.
Sommes-nous effrayés par la peur de manquer, nous, cette macro-génération (années 50-2010) qui avons si peu connu le manque, qui ne savons même plus apprécier ce que nous avons déjà ? Cela signifie que nous avons déjà les yeux rivés sur ce qui nous manque plutôt que de voir ce que nous avons déjà et qui est devenu insipide.
Est-ce que le toujours plus procure une satisfaction à long terme ? Est-ce que cela a même un sens lorsque l’on voit tout ce que les gens entassent dans leurs caves ou remplissent de poussière dans leurs placards ? Est-ce que la qualité de vie et le bonheur subjectif sont réellement vécus à travers l’accumulation de ces « plus » au fil des mois et des années ?
Ne prenez ce qui est bon et juste pour vous.
Be one
Pank
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English Version
Snapshots from Pank / Reflection #13: More and More?
I am inherently a minimalist, which creates a bias from the start. I became aware long ago of the omnipresence of consumer solicitation (see: Snapshots from Pank / Reflection #7: The Trance of Consumption). Despite that, have you noticed that we have never lived in such an incredible era as the one we are currently experiencing? I’m not just referring to the last few decades, but since the beginning of humanity.
Even though this peak is unfortunately fading due to our obsession with always wanting more, we can recognize the fortunate opportunity we (the West) have had since World War II. We have witnessed the maturity of the industrial era, the development of the technological era, and the beginnings of the digital and even artificial era. We live in abundance. The internet offers us an infinity of knowledge, information, exchanges, and stimulation, with a sense of gratuity.
We can consume fruits and vegetables from other continents without worrying about their origin, without even being surprised. For the vast majority of us, our apartments and houses are equipped with running water and sanitation facilities. Not to mention everything that makes up a living space, such as televisions and other devices.
We have low-cost stores and luxury boutiques, where we can eat for a few euros while spending thousands on a dinner. We are constantly consuming, whether it’s other people’s time, intellectual resources, or those from our natural environment. And yet, we still find reasons to feel a lack, a lack of attention, love, or joy. We have every right to be dissatisfied, just as we have the right to feel bored.
To compensate for the loss of religious/spiritual impact, we have a whole range of personal development techniques. The more I talk to people who have immersed themselves in these methods, the more I see them yearning for more and more. As if the need for more and even more fills the contentment. More workshops, more books, more techniques. We know that the vast majority of people who take online courses will never complete them. Yet, the immediate satisfaction lies in the act of purchasing them, in saying to oneself, « I can consume. »
Without repeating what we already know about the dopamine effect, when will we say to ourselves, « Let’s make do with what we have » instead of always seeking more, without ever having used and mastered what we already possess? Why choose a more modern and efficient product if we don’t even use the basic functions of that tool?
Why seek more intensity and stimulation if we are no longer capable of savoring flavors and listening to our senses in their subtlety? It’s like preferring a huge industrial pizza to a small one prepared by a specialist.
Are we afraid of the fear of missing out, we, this macro-generation (1950-2010) that has experienced so little scarcity, that we no longer know how to appreciate what we already have? It means that we already have our eyes fixed on what we lack, rather than seeing what we already have and has become tasteless.
Does more and more provide long-term satisfaction? Does it even make sense when we see all the things people accumulate in their basements or gather dust in their closets? Is the quality of life and subjective happiness truly experienced through the accumulation of these « extras » over months and years?
Take what is good and right for you.
Be one.
Pank
