Réflexions de Pank / Instantané #514 : L’affaire Epstein

En ce moment, on ne peut pas échapper à l’affaire Epstein. Et j’avoue que ce n’est pas vraiment le nombre de personnes impliquées qui me pose le plus problème. Sachant que nous avions tous l’intuition, en tant que citoyens, qu’il y a bien sûr des personnes d’un certain niveau social qui n’hésitent pas à outrepasser les rapports moraux pour faire et obtenir ce qu’elles veulent. Ce qu’elles veulent sont en général des éléments pulsionnels qu’elles n’arrivent pas à maîtriser : une volonté de prise de pouvoir, une notion de se prendre pour intouchables, capables de tout, et surtout de faire ce qu’elles veulent quand elles veulent.

Ce qui me dérange le plus dans toute cette affaire, et surtout dans sa médiatisation, dans le fait de proposer tous ces dossiers, ces fichiers qui vont très certainement intéresser énormément de monde, c’est qu’on ne prend pas en compte les personnes qui ont été victimes de ces prédateurs. Si je reprends ce que je vous partageais il y a deux jours sur le fait qu’on n’utilise pas forcément les bons mots, qu’on aime à utiliser le mot « harcèlement » quand on peut facilement parler de « violence » ou « d’agression », en parlant de l’affaire Epstein, nous ne sommes pas en train de mettre en avant les agressions. Le mot « affaire » donne une idée juridique, une histoire, alors que derrière, ce sont des milliers d’agressions sur des personnes qui ont été des victimes, des personnes qui vivent depuis des années, voire des décennies, avec des souffrances, avec en plus une sensation que personne ne peut les écouter. Parce que ce qu’elles ont vécu peut être difficile à croire. Comme je vous le disais, nous avons tous une intuition qu’il se passe sur certains aspects des choses que nous n’imaginons que peu.

Alors, quand une victime de ces agressions va en parler, on peut avoir rapidement l’impression qu’elle est folle. On peut se dire que c’est une histoire. Et on a beau avoir développé, au travers de #MeToo, un ensemble d’attention pour les victimes, certaines choses semblent encore délicates à accepter. Et c’est certainement parce que là encore, la morale de la plupart des gens, même s’il y a bien sûr une volonté plus juste, plus positive, admettre que des personnes sont amorales amènerait une remise en question inconsciente de ce qu’ils pensent être bon, mauvais, possible et/ou impossible. J’espère que nous allons passer à autre chose que parler des coupables comme un « drama » agréable, amusant et stimulant pour les médias, et que nous allons nous poser sur les différentes victimes et voir ce qui sera un jour fait pour elles si quelque chose est initié.

Prenez ce qui est bon et juste pour vous. Be One, Pank. https://www.pank.one/blog

Pank’s Reflections / Snapshot #514: The Epstein Affair

Right now, there’s no escaping the Epstein affair. And I admit that it’s not really the number of people involved that bothers me most. Knowing that we all had an intuition, as citizens, that there are, of course, people of a certain social standing who don’t hesitate to overstep moral boundaries to do and get what they want. What they want are generally impulsive elements they can’t control: a desire for power, a notion of considering themselves untouchable, capable of anything, and above all, doing what they want when they want.

What bothers me most in this whole affair, and especially in its media coverage, in the fact of releasing all these files and documents that will certainly interest a lot of people, is that we are not considering the victims of these predators. If I refer to what I shared with you two days ago about not necessarily using the right words, that we like to use the word « harassment » when we can easily talk about « violence » or « aggression, » when discussing the Epstein affair, we are not highlighting the aggressions. The word « affair » gives a legal idea, a story, whereas behind it, there are thousands of aggressions against people who have been victims, people who have been living for years, even decades, with suffering, and furthermore, a feeling that no one can listen to them. Because what they have experienced can be difficult to believe. As I told you, we all have an intuition that things happen in certain aspects that we barely imagine.

So, when a victim of these aggressions talks about it, one can quickly get the impression that she is crazy. One might think it’s just a story. And despite the development, through #MeToo, of a collective attention for victims, some things still seem delicate to accept. And this is certainly because, once again, the morality of most people, even if there is certainly a fairer, more positive will, admitting that people are amoral would lead to an unconscious questioning of what they consider good, bad, possible, and/or impossible. I hope that we will move on from talking about the culprits as a pleasant, amusing, and stimulating « drama » for the media, and that we will focus on the various victims and see what will eventually be done for them if anything is initiated.

Take what is good and right for you. Be One, Pank. https://www.pank.one/blog

Réflexions de Pank / Instantané #513 : Harcèlement ou agression ? Le poids des mots.

Nous observons malheureusement trop fréquemment ces jeunes victimes de harcèlement scolaire ou en ligne, qui décident de mettre fin à leurs jours. Les médias et les ministères abordent ces événements tragiques en employant le terme « harcèlement ». Pourtant, notre législation reconnaît les agressions verbales et physiques. Il existe même cette notion de « série d’agressions ».

Pour le citoyen lambda, l’impact du mot « agression », ou même de « violence en réunion » (que je sais être une qualification juridique spécifique), permet de considérer la situation non pas comme des taquineries ou des « piques », mais comme des actions volontaires d’une personne ou d’un groupe visant à faire du mal physiquement ou psychiquement, et à détruire la santé mentale d’un individu.

Si les ministères, qui doivent nommer les choses, ne le font pas correctement, comment voulez-vous que la population prenne conscience de la violence du harcèlement ? Imaginez-vous, au quotidien, en allant au travail ou en rentrant chez vous pendant des semaines, être bousculé par des gens, parfois frappé, souvent insulté et humilié, et ce, avec des violences sexistes et sexuelles, tant dans les discours que dans les gestes.

Considéreriez-vous cela comme un « simple » harcèlement ? Ce n’est pas une fragilité des jeunes, c’est une destruction volontaire par des individus des défenses mentales d’une cible. C’est de la violence volontaire avec une intention de nuire, de blesser, de malmener.

En utilisant des mots comme : « suite à une série d’agressions verbales et physiques, le jeune X a mis fin à ses jours », nous, citoyens, ne lirions pas cela comme une brève ou un « fait divers ». Nous pourrions aussi prendre conscience que ce n’est pas juste changer d’école ou de lieu qui apaisera la situation, mais qu’il faut mettre en place, au-delà des sanctions, des mesures psycho-éducatives pour traiter ce qui, en plus de la violence de l’agression, reste un sadisme assumé (souvent filmé et diffusé).

Les mots changent les perceptions et modifient les comportements. Alors pourquoi encore utiliser « harcèlement » plutôt qu’une sémantique plus dure et abrupte, et surtout comprise de tous ?

Prenez ce qui est bon et juste pour vous. Be One, Pank. https://www.pank.one/blog

 Harassment or Assault? The Weight of Words.

We all too frequently witness these young victims of school or online harassment who decide to end their lives. The media and government ministries discuss these difficult events using the word: harassment. However, our legislation recognizes verbal as well as physical assault. There’s even this notion of a « series of assaults. »

For the average citizen, the impact of the word « assault » or even « group violence » (which I know to be a specific legal qualification) allows for considering the situation not as teasing or jibes, but as voluntary actions by a person or group to cause physical or psychological harm and destroy an individual’s mental health.

If the ministries that should name things correctly fail to do so, how do you expect the population to become aware of the violence of harassment? Imagine yourself daily, going to work or returning home for weeks, being jostled by people, sometimes hit, often insulted and humiliated, and moreover, with sexist and sexual violence in both words and gestures.

Would you consider that « simple » harassment? It’s not a fragility of young people; it’s a voluntary destruction by individuals of a target’s mental defenses. It’s voluntary violence with an intention to harm, injure, and distress.

By using words like: « following a series of verbal and physical assaults, young X ended their life, » we, as citizens, would not read that as a brief news item or a « miscellaneous fact. » We could also realize that merely changing schools or locations will not ease the situation, but rather that beyond sanctions, psycho-educational measures must be implemented to address what, in addition to the violence of the assault, remains assumed sadism (often filmed and broadcast).

Words change perceptions and modify behaviors, so why still use « harassment » rather than a harsher, more abrupt, and above all, universally understood semantic?

Take what is good and right for you. Be One, Pank.